dimanche 18 mai 2008
milk-shake chocolat blanc et caramel salé
Au milieu des heures, je sais m'accorder des respirations. La lampe du bureau est restée allumée longtemps, mais tout à l'heure au moment de sortir, j'ai mis mes nus-pieds, et nous avons bu nos milk-shake en terrasse. Hier soir, j'ai retrouvé les habitudes sur les pentes de la Croix-Rousse, la Grimbergen, la chaleur du lieu, le plaisir d'un concert, d'une voix, des instruments. Des adresses sur des enveloppes, des moments en suspension en écoutant Arteradio, les sourires en lisant le mail de C., le début d'un nouveau carnet.
Le reste du temps, ce sont les livres, la grammaire anglaise pour vérifier un détail, les cours de littérature, les fiches de linguistique. La liste qui n'en finit plus. Les copies que je rends sont écrites à l'encre noire, et avec les filles à la sortie des épreuves, nous parlons des heures qui précèdent simplement pour dire que c'est terminé. Il faudra encore émarger neuf fois.
J'ai pris mon billet pour l'Irlande. Billet, au singulier. Je sautille dans le couloir, refais chauffer de l'eau. Il faudrait du thé à la pêche, l'orange-cannelle n'est plus de saison. Au milieu des heures, j'essaie de m'accorder aux respirations.
Gribouillé par Mélie à 21:13. Le reste du temps, ce sont les livres, la grammaire anglaise pour vérifier un détail, les cours de littérature, les fiches de linguistique. La liste qui n'en finit plus. Les copies que je rends sont écrites à l'encre noire, et avec les filles à la sortie des épreuves, nous parlons des heures qui précèdent simplement pour dire que c'est terminé. Il faudra encore émarger neuf fois.
J'ai pris mon billet pour l'Irlande. Billet, au singulier. Je sautille dans le couloir, refais chauffer de l'eau. Il faudrait du thé à la pêche, l'orange-cannelle n'est plus de saison. Au milieu des heures, j'essaie de m'accorder aux respirations.
jeudi 15 mai 2008
c'était ici
Avec le groupe de langue des signes, nous avons mangé-goûté dans l'herbe derrière le bâtiment F, échangé des adresses mail, et promis un pique-nique en juin. J'ai demandé comment on signait le Laos, refait les gestes, souri. Plus tard, Al. passait la tête en salle info en me faisant signe de sortir, et dans le rush des dossiers que chacun a à rendre, entre deux diapositives et trois formules Excel, j'ai remercié pour un cornet de glace pêche-caramel. Le soir, avant d'ouvrir nos cahiers, nous fêtions sa bonne nouvelle.
Avec Marinette, les discussions sont comme si elles avaient toujours existé, même si ça faisait deux mois que nous ne nous étions pas croisées. Alors que j'ai raccompagné C. jusqu'à chez lui, il est reparti rue de M*rseille avec moi pour qu'on termine la conversation. C'est toujours dans ces fins d'années que je découvre les gens.
Nous avons loupé le dernier métro après la soirée révisions, et en rentrant en vélo je me suis perdue dans Lyon. Sur mon lit, l'enveloppe était en provenance du Japon, j'ai mis longtemps pour réaliser. Un colis en préparation pour Nancy, quand au téléphone Les m'a parlé de son angoisse pour l'oral de français, j'ai proposé de l'aider à réviser. Un cake pomme-cannelle-raisins pour les monos, et à 15h30 au téléphone, ils appelaient l'autre salle à l'autre bout du campus pour dire qu'il était trop bon.
Derniers cours de chaque matière, un compliment sur un collier d'été, nous avons prévu de faire le cours d'écriture de demain sur les quais. Dans la salle du premier étage, nous avons fait un tour de table, avec à chaque fois un prénom et une ville, parlé rentrée prochaine, mémoire et contrat pédagogique. A Dublin, sûrement j'achèterai un vélo, et croiserai les doigts pour qu'il fasse beau.
Au milieu de tout ça, j'ai du mal à me dire que dès demain, sur des copies quadrillées, il faudra parler d'Aragon, de Conrad, de Welfare State et d'amour courtois.
Gribouillé par Mélie à 18:15. Avec Marinette, les discussions sont comme si elles avaient toujours existé, même si ça faisait deux mois que nous ne nous étions pas croisées. Alors que j'ai raccompagné C. jusqu'à chez lui, il est reparti rue de M*rseille avec moi pour qu'on termine la conversation. C'est toujours dans ces fins d'années que je découvre les gens.
Nous avons loupé le dernier métro après la soirée révisions, et en rentrant en vélo je me suis perdue dans Lyon. Sur mon lit, l'enveloppe était en provenance du Japon, j'ai mis longtemps pour réaliser. Un colis en préparation pour Nancy, quand au téléphone Les m'a parlé de son angoisse pour l'oral de français, j'ai proposé de l'aider à réviser. Un cake pomme-cannelle-raisins pour les monos, et à 15h30 au téléphone, ils appelaient l'autre salle à l'autre bout du campus pour dire qu'il était trop bon.
Derniers cours de chaque matière, un compliment sur un collier d'été, nous avons prévu de faire le cours d'écriture de demain sur les quais. Dans la salle du premier étage, nous avons fait un tour de table, avec à chaque fois un prénom et une ville, parlé rentrée prochaine, mémoire et contrat pédagogique. A Dublin, sûrement j'achèterai un vélo, et croiserai les doigts pour qu'il fasse beau.
Au milieu de tout ça, j'ai du mal à me dire que dès demain, sur des copies quadrillées, il faudra parler d'Aragon, de Conrad, de Welfare State et d'amour courtois.
lundi 12 mai 2008
nous sommes tous indésirables
Les révisions se révèlent passionnantes et efficaces, et bien qu'en retard, je n'ai jamais été autant en avance. C'est maintenant que tout s'accélère, je suis presque sereine.
Avec les filles, glaces framboise et chocolat, nous avons regardé le film sur le Burkina, et c'était des sourires de leur faire découvrir un peu plus ce monde-là. Quasiment deux ans, déjà. Je relis des carnets des étés, et entre deux alexandrins où je me prends à espérer, j'ai hâte.
Au parc, nous avons étalé la couverture pour quatre, et pique-niqué en piochant les uns chez les autres. Les absents étaient bien trop nombreux, mais tant pis. Souvenirs du week-end dernier, et futurs projets, on a parlé d'un journal pour la fin mai. Sur le calendrier, je pense à juin, au week-end avec elles, et celui à Paris, à un train pour chez elle, un autre pour chez lui.
Y'a qu'à sauter à pieds joints dans la vie.
Gribouillé par Mélie à 22:29. Avec les filles, glaces framboise et chocolat, nous avons regardé le film sur le Burkina, et c'était des sourires de leur faire découvrir un peu plus ce monde-là. Quasiment deux ans, déjà. Je relis des carnets des étés, et entre deux alexandrins où je me prends à espérer, j'ai hâte.
Au parc, nous avons étalé la couverture pour quatre, et pique-niqué en piochant les uns chez les autres. Les absents étaient bien trop nombreux, mais tant pis. Souvenirs du week-end dernier, et futurs projets, on a parlé d'un journal pour la fin mai. Sur le calendrier, je pense à juin, au week-end avec elles, et celui à Paris, à un train pour chez elle, un autre pour chez lui.
Y'a qu'à sauter à pieds joints dans la vie.
samedi 10 mai 2008
complément essentiel à sémantisme circonstanciel
De la folle allure des derniers jours, je passe au ralenti, aux heures couchée, à l'étau qui broie la tête, au médecin de garde appelé à 21h, aux cachets à avaler, à l'impuissance. Je me suis mordu les lèvres en envoyant un message pour dire que je ne viendrais pas.
Maison vide, quand ma soeur disparaît, à défaut de la raisonner elle, j'essaie de me raisonner moi. Maison vide, j'ai fait un gâteau dont il reste les trois quarts et mon père continue d'être malchanceux au possible. Maison vide, entre deux siestes, j'ai lu une version pour enfants de Jane Eyre pour me donner bonne conscience.
Vendredi après-midi, la prof a dit qu'on lui avait sauvé son année. Il y a quelque chose d'irracontable dans ces heures et demie-là. Je liste les révisions, tente de les planifier, reprend les cours de médiévale, et relis des articles en diagonale. Ce soir, j'aurais aimé une bière en terrasse, les paroles de sa dernière chanson, et une fenêtre ouverte sur le ciel bleu. Delerm a la voix triste des jours où il manque quelque chose sans que l'on sache dire quoi.
Gribouillé par Mélie à 21:26. Maison vide, quand ma soeur disparaît, à défaut de la raisonner elle, j'essaie de me raisonner moi. Maison vide, j'ai fait un gâteau dont il reste les trois quarts et mon père continue d'être malchanceux au possible. Maison vide, entre deux siestes, j'ai lu une version pour enfants de Jane Eyre pour me donner bonne conscience.
Vendredi après-midi, la prof a dit qu'on lui avait sauvé son année. Il y a quelque chose d'irracontable dans ces heures et demie-là. Je liste les révisions, tente de les planifier, reprend les cours de médiévale, et relis des articles en diagonale. Ce soir, j'aurais aimé une bière en terrasse, les paroles de sa dernière chanson, et une fenêtre ouverte sur le ciel bleu. Delerm a la voix triste des jours où il manque quelque chose sans que l'on sache dire quoi.
jeudi 8 mai 2008
i can't stand in line at the store
boomp3.com
Les copies sont rendues, dans un sens ou dans l'autre. J'ai pris du plaisir à disserter sur Modiano, mais j'ai peur que ça ne suffise pas, et la langue française est décevante, même si nous avons éclaté de rire avec Al en récupérant nos feuilles. Les soirées révisions ne commencent qu'après avoir pris le temps de cuisiner des plats étonnants mais délicieux avec les filles, et quand je me retrouve seule, je me demande comment je vais m'organiser pour les deux semaines à venir.
Avec M. pour une mission foireuse mais accomplie, nous avons marché sur les berges, et fait les andouilles. J'aime ces moments où je le retrouve.
Sur les gradins du forum de la fac, nous avons classé des cartes pour les distribuer aux gens qui passaient, réglé le micro, accroché les photos sur une corde à linge. Nous avons répété le texte d'ouverture, mangé des fraises tagada, et plus tard, j'ai retrouvé le plaisir de la lecture à voix haute au soleil, deux fois dans la journée.
Je suis malade, mais. May me parle du mois de juillet, et je n'ose pas croire que ça pourrait marcher. Parfois, au lieu d'aller en cours de version, nous préférons gazonner, et l'autre jour, j'ai acheté trois pommes à la caféteria pour pouvoir jongler. Sur le site de l'université de Dublin, j'ai créé une session, et validé l'inscription. Les mails de Maé font sourire fort, et à l'idée de revoir une partie de l'équipe du week-end dernier lundi soir, je sautille, même s'il n'y aura ni A. ni T.
J'aimerais des concerts, des siestes dans l'herbe, les quais pour les bouquinistes, reprendre le film de l'été dernier sur l'Ecosse que je n'ai jamais terminé. L'année se termine dans dix-neuf jours exactement, je n'ai ni le temps ni l'envie de tomber amoureuse maintenant.
Gribouillé par Mélie à 14:13. Les copies sont rendues, dans un sens ou dans l'autre. J'ai pris du plaisir à disserter sur Modiano, mais j'ai peur que ça ne suffise pas, et la langue française est décevante, même si nous avons éclaté de rire avec Al en récupérant nos feuilles. Les soirées révisions ne commencent qu'après avoir pris le temps de cuisiner des plats étonnants mais délicieux avec les filles, et quand je me retrouve seule, je me demande comment je vais m'organiser pour les deux semaines à venir.
Avec M. pour une mission foireuse mais accomplie, nous avons marché sur les berges, et fait les andouilles. J'aime ces moments où je le retrouve.
Sur les gradins du forum de la fac, nous avons classé des cartes pour les distribuer aux gens qui passaient, réglé le micro, accroché les photos sur une corde à linge. Nous avons répété le texte d'ouverture, mangé des fraises tagada, et plus tard, j'ai retrouvé le plaisir de la lecture à voix haute au soleil, deux fois dans la journée.
Je suis malade, mais. May me parle du mois de juillet, et je n'ose pas croire que ça pourrait marcher. Parfois, au lieu d'aller en cours de version, nous préférons gazonner, et l'autre jour, j'ai acheté trois pommes à la caféteria pour pouvoir jongler. Sur le site de l'université de Dublin, j'ai créé une session, et validé l'inscription. Les mails de Maé font sourire fort, et à l'idée de revoir une partie de l'équipe du week-end dernier lundi soir, je sautille, même s'il n'y aura ni A. ni T.
J'aimerais des concerts, des siestes dans l'herbe, les quais pour les bouquinistes, reprendre le film de l'été dernier sur l'Ecosse que je n'ai jamais terminé. L'année se termine dans dix-neuf jours exactement, je n'ai ni le temps ni l'envie de tomber amoureuse maintenant.
lundi 5 mai 2008
nothing to fear but fear itself
Relever des défis est terriblement euphorisant. Alors même si je n'avais pas dormi depuis trente-six heures, dimanche soir, j'avais envie de chanter et de sautiller de partout, j'avais envie d'écrire, d'écrire et de recommencer, encore, un, deux, trois numéros du journal. Mais c'était fini. Dans le train du retour, je me suis endormie tout de suite.
En allant à Paris, j'ai repensé à toute la préparation, classé des papiers, repris la maquette, et avec Cé, nous avons fait, vérifié et rallongé la to-do liste, passé des coups de fil, et tenté d'être organisées. Et puis le plaisir de retrouver l'équipe d'orga, l'excitation, et en même temps, le stress. 21h vendredi, les groupes de travail se rassemblent pour boucler les derniers détails, avec Ma., O. et les autres, on se partage une connexion internet de vingt minutes pour récupérer des documents importants. Avec le journal, pari de se coucher avant minuit. 23h30.
Le lendemain, petit-déjeuner en vitesse, avant de se diriger vers le gymnase. Je tente vaguement des révisions de Modiano quand j'ai quelques minutes d'avance, mais je n'y suis pas - forcément.
Ensuite, ensuite. Ensuite, l'équipe du journal qui se complète peu à peu, l'installation du stand, le plaisir de rencontrer T. notre dessinateur, faire déjà un peu l'andouille, fabriquer une banderole en papier journal, dérouler la nappe en papier, allumer les ordinateurs, installer l'imprimante sur deux - au cas où, attaquer le chemin de fer. Le premier drame (le seul ?) tient du fait que le scanner a été oublié au local. Débrouillardise & co, venez à ma rescousse. Nous n'en avons eu un fonctionnel qu'à 12h57 ; les équipes arrivaient à 13h.
12h50, réunion d'orga. Trente-six t-shirts rouges, dernier briefing, un cri de guerre, et c'est parti.
Je sais pas. Les pics de stress, les conversions des fichiers publisher en pdf, et les impressions, les ratages à la photocopieuse, le soulagement quand les 110 exemplaires sortaient. Numéro 0 distribué dans les temps, souffler, la machine est lancée. Les jeunes se sont installés, le festival démarre, et puis j'oublie. Les réunions d'équipe au début de chaque nouveau numéro, la mise en pages avec A. qui venait me voir en soutien, les fous rires devant les dessins, l'imprimante qui ne répond plus, Publisher qui n'en fait qu'à sa tête, le nombre de signes qui ne correspond pas au nombre de mots, les filles qui vont écrire dehors tant qu'il fait encore jour, les reportages sur les équipes, les enquêtes, les brainstormings pour trouver des titres.
Distribuer les journaux en hurlant, en filer au postier, passer en donner au stand de la Croix-Rouge alors qu'ils ne sont pas encore sortis officiellement, "c'est en exclusivité !", papoter avec les types de la sécurité pour un article, et boire un jus de fruits pressés sur un stand d'équipe. Goûter aux spécialités bretonnes sur un autre, poser des questions, piquer un stylo, "ouais, en fait, je viens faire un article, mais j'ai ni papier ni stylo, maiiiis, c'est parce qu'il est deux heures du matiiin".
Les heures filent, parfois, je ne sais plus si on en est au numéro 2 ou au numéro 3. Les clés usb dans tous les sens, et parfois en brancher jusqu'à quatre pour trouver ce que je cherche, les articles relus trois fois, mais les quelques coquilles qui passent quand même. Cé. qui part se coucher une heure, Zoé qui la remplace le temps d'un article, les feuilles avec les chemins de fer qui disparaissent, le déroulé général planqué au fond de la poche, les photos à choisir pour le verso du A3, les courses jusqu'à la cafet' pour avaler un truc pendant que la photocopieuse crachait les feuilles, les litres d'eau engloutis, Clé. et ses miracles sur Photoshop. Les fous rires au sein de l'équipe pour des bêtises, les verbatims, A. qui dit n'importe quoi, les gens qui viennent réclamer, "il sort quaaand, le journal ?". Dans deux heures. Dans vingt minutes. Dans cinq.
Souvent, j'avais l'impression de louper un tas de trucs, quand Mo. faisait une annonce au micro, ou qu'une équipe lançait un happening, et qu'en regardant le chemin de fer, je me rendais compte que nous n'avions plus de place pour quoi que ce soit, et même pas le temps d'aller voir parce qu'il fallait écrire, corriger, mettre en page. Mais vous dire comme c'était bien, bien, bien. Comme j'étais fière de l'équipe, fière de nous. Soulagée.
Les gens de l'orga qui passent pour savoir si on veut boire ou manger un truc, ou si on a besoin d'eux, ou qui arrivent juste pour nous soutenir, ou qui lancent des messages "dans cinq minutes tous sur scène". Les étreintes, le bonheur d'en découvrir certains, d'en retrouver d'autres. Le message de Lau sur mon t-shirt, la douceur de Dy, les massages de Ma. "mais t'es trop tendue, là !".
Je ne sais plus quelle heure, happening de l'équipe d'orga, aller danser à 30 sur le podium le temps d'une chanson, se sentir bien et en profiter pour se défouler, lâcher le stress dans les gestes.
Nous avons sorti le numéro 5 avec une heure d'avance sans comprendre. A. m'a demandé "on en est où ?", et en cliquant sur aperçu avant impression, j'ai répondu, "been... je comprends pas, mais c'est bon". Alors on a éclaté de rire, on s'est précipité vers les photocopieuses en chantant, et alors que l'épreuve du contre-la-montre pour les équipes se terminait et que les jeunes étaient vidés, nous étions hystériques.
A ce moment-là, il était 8h30, Lou venait de me demander si j'avais petit-déjeuné, mais j'étais décalée. Une journaliste membre du jury m'a demandé si elle pouvait me poser quelques questions, et j'étais trop surprise pour comprendre vraiment. "Je viens de lire vos journaux, et hein... je suis scotchée." Mais moi aussi, madame, moi aussi. Je n'ai pas de secret.
Pour le dernier numéro, nous avons décidé de faire un numéro double, inventé un test, multiplié les dessins, et écrit n'importe quoi. Alors que la cérémonie de clôture commençait, je récupérais à la photocopieuse le nom de tous les lauréats pour les intégrer au journal. Baisser l'écran du portable aux trois-quarts pour au cas où si jamais quelqu'un passe derrière, et alors que j'étais fébrile, la présence d'A. à côté était apaisante. Quand devant les photocopieuses alors qu'ils agrafaient les numéros un à un, j'ai demandé ce que je pouvais faire, T. m'a proposé : "euh... t'asseoir ?".
Au départ des équipes, postés aux portes avec A., on distribuait les journaux et les équipes nous remerciaient. "C'est nous". Au petit matin, une enveloppe tendue par le postier contenait un papier avec écrit en gros en rouge "Génial, le journal", et au milieu du rush du bouclage, j'avais souri fort.
Il a fallu ranger, éteindre les ordinateurs, empiler les chaises, sortir les poubelles, replier les tables, accepter le vide du gymnase. Tous assis en cercle, nous avons lâché les réactions à chaud, et plusieurs fois, j'ai voulu remercier. Les projets comme ça m'avaient manqué, les projets, "mélie, tu voudrais pas être rédac'chef du journal en direct ?", l'angoisse, l'envie, les défis.
Je ne pensais pas que ça pouvait être aussi réussi.
Gribouillé par Mélie à 08:07. En allant à Paris, j'ai repensé à toute la préparation, classé des papiers, repris la maquette, et avec Cé, nous avons fait, vérifié et rallongé la to-do liste, passé des coups de fil, et tenté d'être organisées. Et puis le plaisir de retrouver l'équipe d'orga, l'excitation, et en même temps, le stress. 21h vendredi, les groupes de travail se rassemblent pour boucler les derniers détails, avec Ma., O. et les autres, on se partage une connexion internet de vingt minutes pour récupérer des documents importants. Avec le journal, pari de se coucher avant minuit. 23h30.
Le lendemain, petit-déjeuner en vitesse, avant de se diriger vers le gymnase. Je tente vaguement des révisions de Modiano quand j'ai quelques minutes d'avance, mais je n'y suis pas - forcément.
Ensuite, ensuite. Ensuite, l'équipe du journal qui se complète peu à peu, l'installation du stand, le plaisir de rencontrer T. notre dessinateur, faire déjà un peu l'andouille, fabriquer une banderole en papier journal, dérouler la nappe en papier, allumer les ordinateurs, installer l'imprimante sur deux - au cas où, attaquer le chemin de fer. Le premier drame (le seul ?) tient du fait que le scanner a été oublié au local. Débrouillardise & co, venez à ma rescousse. Nous n'en avons eu un fonctionnel qu'à 12h57 ; les équipes arrivaient à 13h.
12h50, réunion d'orga. Trente-six t-shirts rouges, dernier briefing, un cri de guerre, et c'est parti.
Je sais pas. Les pics de stress, les conversions des fichiers publisher en pdf, et les impressions, les ratages à la photocopieuse, le soulagement quand les 110 exemplaires sortaient. Numéro 0 distribué dans les temps, souffler, la machine est lancée. Les jeunes se sont installés, le festival démarre, et puis j'oublie. Les réunions d'équipe au début de chaque nouveau numéro, la mise en pages avec A. qui venait me voir en soutien, les fous rires devant les dessins, l'imprimante qui ne répond plus, Publisher qui n'en fait qu'à sa tête, le nombre de signes qui ne correspond pas au nombre de mots, les filles qui vont écrire dehors tant qu'il fait encore jour, les reportages sur les équipes, les enquêtes, les brainstormings pour trouver des titres.
Distribuer les journaux en hurlant, en filer au postier, passer en donner au stand de la Croix-Rouge alors qu'ils ne sont pas encore sortis officiellement, "c'est en exclusivité !", papoter avec les types de la sécurité pour un article, et boire un jus de fruits pressés sur un stand d'équipe. Goûter aux spécialités bretonnes sur un autre, poser des questions, piquer un stylo, "ouais, en fait, je viens faire un article, mais j'ai ni papier ni stylo, maiiiis, c'est parce qu'il est deux heures du matiiin".
Les heures filent, parfois, je ne sais plus si on en est au numéro 2 ou au numéro 3. Les clés usb dans tous les sens, et parfois en brancher jusqu'à quatre pour trouver ce que je cherche, les articles relus trois fois, mais les quelques coquilles qui passent quand même. Cé. qui part se coucher une heure, Zoé qui la remplace le temps d'un article, les feuilles avec les chemins de fer qui disparaissent, le déroulé général planqué au fond de la poche, les photos à choisir pour le verso du A3, les courses jusqu'à la cafet' pour avaler un truc pendant que la photocopieuse crachait les feuilles, les litres d'eau engloutis, Clé. et ses miracles sur Photoshop. Les fous rires au sein de l'équipe pour des bêtises, les verbatims, A. qui dit n'importe quoi, les gens qui viennent réclamer, "il sort quaaand, le journal ?". Dans deux heures. Dans vingt minutes. Dans cinq.
Souvent, j'avais l'impression de louper un tas de trucs, quand Mo. faisait une annonce au micro, ou qu'une équipe lançait un happening, et qu'en regardant le chemin de fer, je me rendais compte que nous n'avions plus de place pour quoi que ce soit, et même pas le temps d'aller voir parce qu'il fallait écrire, corriger, mettre en page. Mais vous dire comme c'était bien, bien, bien. Comme j'étais fière de l'équipe, fière de nous. Soulagée.
Les gens de l'orga qui passent pour savoir si on veut boire ou manger un truc, ou si on a besoin d'eux, ou qui arrivent juste pour nous soutenir, ou qui lancent des messages "dans cinq minutes tous sur scène". Les étreintes, le bonheur d'en découvrir certains, d'en retrouver d'autres. Le message de Lau sur mon t-shirt, la douceur de Dy, les massages de Ma. "mais t'es trop tendue, là !".
Je ne sais plus quelle heure, happening de l'équipe d'orga, aller danser à 30 sur le podium le temps d'une chanson, se sentir bien et en profiter pour se défouler, lâcher le stress dans les gestes.
Nous avons sorti le numéro 5 avec une heure d'avance sans comprendre. A. m'a demandé "on en est où ?", et en cliquant sur aperçu avant impression, j'ai répondu, "been... je comprends pas, mais c'est bon". Alors on a éclaté de rire, on s'est précipité vers les photocopieuses en chantant, et alors que l'épreuve du contre-la-montre pour les équipes se terminait et que les jeunes étaient vidés, nous étions hystériques.
A ce moment-là, il était 8h30, Lou venait de me demander si j'avais petit-déjeuné, mais j'étais décalée. Une journaliste membre du jury m'a demandé si elle pouvait me poser quelques questions, et j'étais trop surprise pour comprendre vraiment. "Je viens de lire vos journaux, et hein... je suis scotchée." Mais moi aussi, madame, moi aussi. Je n'ai pas de secret.
Pour le dernier numéro, nous avons décidé de faire un numéro double, inventé un test, multiplié les dessins, et écrit n'importe quoi. Alors que la cérémonie de clôture commençait, je récupérais à la photocopieuse le nom de tous les lauréats pour les intégrer au journal. Baisser l'écran du portable aux trois-quarts pour au cas où si jamais quelqu'un passe derrière, et alors que j'étais fébrile, la présence d'A. à côté était apaisante. Quand devant les photocopieuses alors qu'ils agrafaient les numéros un à un, j'ai demandé ce que je pouvais faire, T. m'a proposé : "euh... t'asseoir ?".
Au départ des équipes, postés aux portes avec A., on distribuait les journaux et les équipes nous remerciaient. "C'est nous". Au petit matin, une enveloppe tendue par le postier contenait un papier avec écrit en gros en rouge "Génial, le journal", et au milieu du rush du bouclage, j'avais souri fort.
Il a fallu ranger, éteindre les ordinateurs, empiler les chaises, sortir les poubelles, replier les tables, accepter le vide du gymnase. Tous assis en cercle, nous avons lâché les réactions à chaud, et plusieurs fois, j'ai voulu remercier. Les projets comme ça m'avaient manqué, les projets, "mélie, tu voudrais pas être rédac'chef du journal en direct ?", l'angoisse, l'envie, les défis.
Je ne pensais pas que ça pouvait être aussi réussi.
jeudi 1 mai 2008
Louki
A chaque mail envoyé, je vérifie les destinataires pour ne pas me tromper, mais le ton que j'emploie ne change presque pas. C'est de l'euphorie teintée de stress, de fatigue. Je passe d'un projet à l'autre sans réfléchir - il n'y a plus de temps pour ça. Les fenêtres Publisher se multiplient, la mise en page me tuera, je n'ai pas commencé de préparer mon sac, et j'ai l'impression d'avoir oublié de penser à plein de choses.
Demain, j'ai pris mon billet de train une heure plus tard que prévu pour pouvoir rester à la fac pour les derniers réglages. Plus tard, il faudra prendre le RER dans le bon sens, rejoindre le centre, booster l'équipe, faire le point, déléguer, écrire des articles à la dernière minute, corriger des fautes, haïr le logiciel de PAO, boucler le numéro zéro, et les six qui suivront. Il faudra être à la hauteur.
Dans cette effervescence, je n'ai pas le temps de penser au courrier de Dublin, aux dates limites, au 30 juin, au 2 septembre. Au 5. A comment je vais faire. Chaque chose en son temps.
Avec les filles nous improvisons un repas avant de nous mettre à travailler, et par je ne sais quel miracle d'organisation, nous avons repris tous les cours de médiéval, alors que le partiel est dans quinze jours. Je crois que ça ne m'est jamais arrivé.
Des notes sur Modiano, des pages cornées, une idée de sujet de mémoire qui trotte de plus en plus dans la tête. Des cours de grammaire à ficher, une course dans les couloirs du métro avec Al pour avoir la correspondance (loupée), des sandales sous la pluie. May qui me rejoint sur le chemin, un récit de voyage en langue des signes, un vieux cd de Bénabar. Ta voix au téléphone, un détour pour mieux respirer l'air du soir.
C'est tout ce que je demande.
Gribouillé par Mélie à 20:40. Demain, j'ai pris mon billet de train une heure plus tard que prévu pour pouvoir rester à la fac pour les derniers réglages. Plus tard, il faudra prendre le RER dans le bon sens, rejoindre le centre, booster l'équipe, faire le point, déléguer, écrire des articles à la dernière minute, corriger des fautes, haïr le logiciel de PAO, boucler le numéro zéro, et les six qui suivront. Il faudra être à la hauteur.
Dans cette effervescence, je n'ai pas le temps de penser au courrier de Dublin, aux dates limites, au 30 juin, au 2 septembre. Au 5. A comment je vais faire. Chaque chose en son temps.
Avec les filles nous improvisons un repas avant de nous mettre à travailler, et par je ne sais quel miracle d'organisation, nous avons repris tous les cours de médiéval, alors que le partiel est dans quinze jours. Je crois que ça ne m'est jamais arrivé.
Des notes sur Modiano, des pages cornées, une idée de sujet de mémoire qui trotte de plus en plus dans la tête. Des cours de grammaire à ficher, une course dans les couloirs du métro avec Al pour avoir la correspondance (loupée), des sandales sous la pluie. May qui me rejoint sur le chemin, un récit de voyage en langue des signes, un vieux cd de Bénabar. Ta voix au téléphone, un détour pour mieux respirer l'air du soir.
C'est tout ce que je demande.
mardi 29 avril 2008
le monde à croquer
A croire que chaque année, je me ferai avoir quand il s'agira de piquer un numéro de téléphone sur mon portable, chaque année, je m'étonnerai de voir des gens débarquer de manière inopinée, et chaque année, je sourirai un peu plus.
Al avait emmené de quoi faire du punch, et Cha avait inscrit le menu sur le tableau noir de la cuisine. Elle est arrivée avec des fleurs, une heure avant je lui avais écrit qu'elle me manquait. Nous avons attendu Cé pour le dessert, et quand elle a débarqué, alors que M* jouait de la guitare, les filles chantaient la chanson qu'elles (m')avaient inventée pour la troisième fois - avec des déclinaisons, mimes, accent alsacien, opéra. Al était déchaînée et nous avons étouffé des rires, improvisé des paroles, jonglé avec des oranges. A une heure du matin, allongées dans la chambre, nous n'arrivions pas à dormir. J'ai dit que se coucher après une journée comme ça, c'était accepter de la voir finir. Que moi je refusais.
J'ai eu vingt ans sous des trombes d'eau et de sourires, et dans la boîte aux lettres, les enveloppes étaient toutes de couleurs différentes.
Gribouillé par Mélie à 18:28. Al avait emmené de quoi faire du punch, et Cha avait inscrit le menu sur le tableau noir de la cuisine. Elle est arrivée avec des fleurs, une heure avant je lui avais écrit qu'elle me manquait. Nous avons attendu Cé pour le dessert, et quand elle a débarqué, alors que M* jouait de la guitare, les filles chantaient la chanson qu'elles (m')avaient inventée pour la troisième fois - avec des déclinaisons, mimes, accent alsacien, opéra. Al était déchaînée et nous avons étouffé des rires, improvisé des paroles, jonglé avec des oranges. A une heure du matin, allongées dans la chambre, nous n'arrivions pas à dormir. J'ai dit que se coucher après une journée comme ça, c'était accepter de la voir finir. Que moi je refusais.
J'ai eu vingt ans sous des trombes d'eau et de sourires, et dans la boîte aux lettres, les enveloppes étaient toutes de couleurs différentes.
dimanche 27 avril 2008
the morning is just a few hours away
J'ai marché à la rencontre de Lotte et de sa Zoé, pieds nus le long des berges. Jupe d'été, soleil, menthe, un vélo'v pour rentrer. Hier après-midi, salade de fruits frais, je n'ai rien eu à raconter à ma famille, et j'ai fait la sieste dans l'herbe. Ca ressemblait à la torpeur des dimanches d'août.
J'ai encore embêté le chat, bouquiné le foliothèque d'Aragon, écrit à la plume noire, fait semblant de travailler, joué la fille très organisée en envoyant des mails.
Demain, je n'irai pas à la moitié de mes cours, mais j'espère qu'il fera assez beau pour que les fenêtres du cinquième étage de la BU permettent l'horizon. Si vous saviez comme j'ai hâte de vendredi, de la fin de l'année, et de nos échappées.
Gribouillé par Mélie à 22:47. J'ai encore embêté le chat, bouquiné le foliothèque d'Aragon, écrit à la plume noire, fait semblant de travailler, joué la fille très organisée en envoyant des mails.
Demain, je n'irai pas à la moitié de mes cours, mais j'espère qu'il fera assez beau pour que les fenêtres du cinquième étage de la BU permettent l'horizon. Si vous saviez comme j'ai hâte de vendredi, de la fin de l'année, et de nos échappées.
jeudi 24 avril 2008
Déjà toi rue Chaptal Robe à pois et sandales
Alors la vie reprend, et. Je ne réalisais pas que ça me pesait autant. La vie reprend.
Alors j'écoute des disques qui donnent envie de l'été sur la chaîne du salon, je commence un nouveau carnet, je bouquine des trucs en vrac, et en traversant Lyon, les bretelles du sac à dos brûlent les épaules nues.
Chez Zoé, j'ai souri de voir A., et nous avons mangé sur le balcon au soleil et préparé le dessert à partir de rien. Chez Lotte avec Al, nous avons raconté des bêtises, mis un film à 23h et feuilleté des guides du Laos allongées sur le lit. Ce sont les heures du thé, la tarte poires-amandes, et à 15h53, ah mais zut c'est pas encore l'heure du goûter. C'est un pique-nique improvisé au parc, les balles de jonglage sur la couverture, le magnolia en fleurs. Ce sont les mails inattendus, et ceux que j'attends trop, les idées à écrire, le courrier envoyé.
Les newsletters rythment les jours, mercredi je lisais J-10 !, un peu avant j'avais envoyé la maquette, et tout à l'heure j'hystérisais complètement devant le message de T. (Le correcteur orthographique me souligne "hystérisais". L'andouille.)
Un chocolat frappé, des notes sur Aragon, le téléphone qui sonne tout le temps. Encore deux jours de vacances, mes listes "projets" et "respirations" sont rayées dans tous les sens, celle intitulée "fac" est quasiment intacte. J'assume, ou presque.
Et autour d'une bière au fond du bar, M* tout juste rentrée de Dublin me raconte sa vie depuis neuf mois, des étoiles dans les yeux, et. J'ai hâte.
Cette fois, la vie reprend, s'emballe, et nous tourbillonne vraiment. Ca faisait longtemps.
Gribouillé par Mélie à 20:08. Alors j'écoute des disques qui donnent envie de l'été sur la chaîne du salon, je commence un nouveau carnet, je bouquine des trucs en vrac, et en traversant Lyon, les bretelles du sac à dos brûlent les épaules nues.
Chez Zoé, j'ai souri de voir A., et nous avons mangé sur le balcon au soleil et préparé le dessert à partir de rien. Chez Lotte avec Al, nous avons raconté des bêtises, mis un film à 23h et feuilleté des guides du Laos allongées sur le lit. Ce sont les heures du thé, la tarte poires-amandes, et à 15h53, ah mais zut c'est pas encore l'heure du goûter. C'est un pique-nique improvisé au parc, les balles de jonglage sur la couverture, le magnolia en fleurs. Ce sont les mails inattendus, et ceux que j'attends trop, les idées à écrire, le courrier envoyé.
Les newsletters rythment les jours, mercredi je lisais J-10 !, un peu avant j'avais envoyé la maquette, et tout à l'heure j'hystérisais complètement devant le message de T. (Le correcteur orthographique me souligne "hystérisais". L'andouille.)
Un chocolat frappé, des notes sur Aragon, le téléphone qui sonne tout le temps. Encore deux jours de vacances, mes listes "projets" et "respirations" sont rayées dans tous les sens, celle intitulée "fac" est quasiment intacte. J'assume, ou presque.
Et autour d'une bière au fond du bar, M* tout juste rentrée de Dublin me raconte sa vie depuis neuf mois, des étoiles dans les yeux, et. J'ai hâte.
Cette fois, la vie reprend, s'emballe, et nous tourbillonne vraiment. Ca faisait longtemps.
