mardi 30 novembre 2004


J'espère au moins qu'là-haut Y a beaucoup moins d'salauds

(Vous m'en voudrez pas si ce post n'est pas très cohérent ?)

"Tu sais ce que ça veut dire, personne ? Ca veut dire que je n'existe pas, que je suis moins que rien, parce que rien, c'est déjà quelque chose qui manque, mais moi, je ne manque pas parce que je n'existe pas et qu'on ne peut pas même me mettre en face de quelqu'un puisque je ne suis personne. Quand tu ne trouves rien dans tes poubelles, tu sais que ce n'est rien parce qu'il y a des jours où tu trouves quelque chose, ton rien, c'est le manque de ce quelque chose. Mais personne, ce n'est pas le manque de quelqu'un, personne, c'est même pas un vide, si personne ne naît, alors on ne pense pas, tiens, il n'y a personne à naître aujourd'hui. Non, on ne pense pas, on n'y pense même pas au fait que quelqu'un aurait pu naître. On ne s'en fout même pas. Tu comprends ça ?" (Salle des pas perdus. Julia Billet.)

Ca, c'est le genre de livre qui fait pleurer comme jamais, celui où les mots prennent à la gorge, et puis après on n'arrive plus à parler. Alors dans le car, vendredi, j'ai presque loupé l'arrêt de bus où il fallait descendre, puis j'ai lu les dernières pages, adossée à un muret, à la lueur d'un réverbère, avec les mains gelées. Les larmes sur les joues, aussi. Mais c'était bien.

Après aussi c'était bien. (Genre, le blog est super chronologique, vous suivez, je parle de vendredi dernier, hein...) La musique, puis un bout d'Irlande sur l'orgue, le grand, celui où les sons changent tous seuls, et où on dirait qu'il y a tout un orchestre qui joue en même temps.

(Attention, là, je reviens à aujourd'hui.) Fou rire en philo sur Kant (oui oui, sur Kant), compo d'histoire ratée (eh oui Lilie, moi aussi ^^), j'avais oublié mon agenda, mon TD d'anglais, puis le chèque pour la cantine, puis la course en sortant de la réunion, parce qu'il y avait de la philo à faire, et son rire quand il a dit "Ah parce que les L, ça bosse, de temps en temps ?!", et puis et puis et puis. C'était lent puis rapide, cette journée. C'était un peu irréel. Ce matin, marcher sur mon jean. Sauter dans les flaques [pour la faire râler]. Secouer mon parapluie dans le métro pour mettre les gens de bonne humeur un lundi matin.

Ah et. (Euh... on retourne à vendredi, là.) Y'avait une lettre sur le bureau. 'Fin nan, deux. Mais y'en a une, on s'en fout en fait. C'était pour la JAPD, j'avais un peu espéré qu'ils m'oublieraient. L'autre, c'était Lou. Lou puis son sourire, ses musiques, ses confidences au fond du bus là-bas, loin, cet été. Une lettre de Lou, où elle raconte ses aventures new-yorkaises, ça fait comme du bonheur en bloc. C'est drôlement bien. Faudra penser à lui répondre, là, maintenant, bientôt, tout de suite, dans pas longtemps, dans presque rien.

Puis faudra penser à. Mettre deux pulls aussi, demain.

(Merci pour vos sourires. Merci, tellement.)

Aujourd'hui, c'était chouette. Même si.
Même si se déplacer dans Lyon avec les transports en commun un dimanche après-midi, y'a pas pire comme idée (raté 2 correspondances, attendu une demie heure, pris 5 métros, 4 bus, pour finalement arriver dans un coin pommé, et moche en plus.)
Même si deux heures c'était trop court, mais après, y'avait bus-métro-bus à prendre dans l'autre sens.
Même si quand j'suis repartie, c'était rapide, juste deux bises et un signe par la fenêtre, parce que y'avait pas l'temps.
Même si.

Déjà, c'était mal organisé, ne le nions pas. Et ce n'est pas parce qu'on avait potassé le plan de la ville, toute la soirée d'hier soir via MSN, que ça allait mieux.
En plus, la boulangerie, c'était bruyant, puis à cause des miroirs on savait pas où ça s'arrêtait, et même que. Ils avaient pas d'sandwichs.
Après, dans un sens ou dans l'autre, y'avait que des immeubles, des grands des moches des gris.

Mais tout ça c'était pas grave. Parc'que.

Parce que c'est chouette quand elle parle, puis quand elle sourit aussi. Quand je sors les bouquins du sac, puis qu'en fait, elle les a déjà lus. Quand on prend un fou rire devant la "pizza" mangée dans le "parc". Puis quand elle décrit les gens du kendo, "tout droits sortis des mangas". Et. Tout ça.


Plus tard, y'a eu les fous rire pendant qu'il parlait, les coups de coude dans les côtes pour la faire taire, l'orgue qui jouait faux derrière nous et j'avais envie de prendre sa place, au monsieur. Y'a eu les lumignons qui partent à toute allure, les foulards aussi, les gens qui donnaient plus, ceux qui souriaient quand on leur expliquait. Puis quand elle dit "viens m'attraper" en s'enfuyant en courant, et quand il dit "tu veux que je te ramène en voiture ?". Bah, tu sais, je peux prendre le bus, j'ai l'habitude maintenant. Mais en fait non, c'était mieux comme ça.


Puis là y'a Nietzsche.
Forcément. Parce que les journées parfaites, ça n'existe pas.

Cher Père Noël,

Alors voilà. Alors voilà, c’est l’heure, comme tous les ans, de prendre la plume pour t’écrire. On se rend compte que c’est l’heure quand le vent glace le bout du nez et les doigts (au fait, j’ai perdu mes gants…), quand on ressort le grand manteau noir et l’écharpe dans laquelle on enfouit le menton, quand on épluche les premières mandarines, et qu’on froisse les papiers des premières papillotes. Je me suis rendue compte que c’était l’heure, parce que dehors, ils ont mis les guirlandes qui clignotent dans la nuit, quand je sors du lycée. Y’a des marchands de sapins sur les quais et des boules argentées dans les vitrines. Alors voilà. C’est l’heure.

D’abord, l’année dernière – enfin, soyons d’accord, je ne veux rien te reprocher -, tu t’es planté. Excuse-moi de te le dire comme ça, j’aurais peut-être du y mettre les formes, mais. Ca n’aurait servi à rien. Tu t’es planté, je ne sais pas comment, je ne sais pas ce que tu as foutu, mais tu t’es planté. S’il te plaît, ne le nie pas. J’avais jamais demandé les vertiges dans les escaliers, les regards noirs dans l’bureau gris, les sourires crispés et les oublis. J’avais jamais demandé les griffures rouges, et les traînées de Kohl sous les yeux, jamais demandé les portes qu’on ferme à clé, parce qu’on peut pas s’enfuir, les cheveux qui collent aux joues, les crises dans la cuisine, jamais demandé les chutes et l’envie de tout lâcher, jamais demandé les mots plus hauts les uns que les autres, et la valse macabre (tu sais très bien de quoi je parle, ne fais pas celui qui ne comprend rien), jamais demandé la mélancolie, puis l’envie de pleurer, pour rien. Tu sais, tout ça, c’était pas vraiment utile. J’pense que j’aurais pu m’en passer. Autant que les yeux qui se ferment dans la voiture, faire semblant de dormir pour pas avoir à parler, les espoirs morts-nés, et les rêves trop courts. Autant que les poignets écorchés, la tombe en marbre froid, les mots qui restent étranglés dans la gorge, la haine qu’on tait. Non, franchement, tu t’es vraiment planté. Je sais que tu te fais vieux, mais.

Peut-être que c’est aussi de ma faute. Ou peut-être que l’année dernière, tu n’as pas reçu ma lettre. Ou alors tu étais trop occupé. Ou bien tu avais trop de choses à faire. Ou encore tu arrêtes les commandes à quinze ans. Ou peut-être que tu n’as pas réussi à me trouver, parce que j’étais en Belgique. Autre possibilité, tu étais étourdi, parce que ton boulot ne te plaît plus. Dis-moi…

Enfin, peu importe au fond, je veux bien te pardonner… J’voudrais juste que ça ne se reproduise plus. Cette année, j’voudrais des sourires.

Juste des sourires Juste des sourires Juste des sourires Juste des sourires Juste des sourires Juste des sourires Juste des sourires Juste des sourires Juste des sourires Juste des sourires Juste des sourires Juste des sourires Juste des sourires Juste des sourires Juste des sourires Juste des sourires Juste des sourires Juste des sourires Juste des sourires… Des grands, des larges, des petits, des qui rassurent, des qui brillent, des qui illuminent, des qui réchauffent, des qui chassent les peurs, celles qui hantent le soir, avant que le sommeil ne nous envahisse totalement, des qui donnent de l’espoir, des qui montrent ce que c’est que le bonheur, des qui parlent en silence, des vrais, des rêveurs, des qui donnent envie de sourire à notre tour. Juste des sourires.

T’entends ?


PS : Cette année, t'as pas l'droit à l'erreur. Sinon, le Père Noël, j'y crois plus.

On va me dire que c'est pas une heure pour poster, et c'est la vérité. Mais. En plus, vous devriez vous arrêter de lire maintenant, parce que les mots sont flous, les pensées aussi. Ca risque d'être vide comme post. Contrairement à l'agenda, par exemple. En sortant du lycée, j'suis restée un peu trop longtemps devant une affiche qui annonçait un concours de courts-métrages, sur le thème "Ce qu'ils font est formidable". Si j'avais l'temps... Déjà, y'avait plein d'images dans la tête, des mélodies et des paroles, mais. De toute façon, c'est pas la peine d'y penser, je pourrais pas.

Ce matin, métro qui arrivait pas, j'ai cru que j'allais être en retard. Le comble quand on commence à dix heures. Puis finalement ça allait, j'ai même eu le temps de le voir et de lui faire un grand sourire comme je le lui avais promis hier pour lui dire que non, ça ne sent pas tant l'sapin que ça. Alors il a dit "c'est quand même mieux, quand tu souris, 'mélie". Et puis.

Aujourd'hui, c'était une journée en accéléré. Vitesse, "A sang à l'heure" dans les oreilles, alors forcément. Aujourd'hui, la prof de philo a souri en disant que ça faisait plaisir de corriger des copies comme ça, et puis moi j'y croyais pas vraiment, mais. Le fait est là. Aujourd'hui, théâtre dans la queue de la cantine, et en littérature aussi ; j'l'ai pas senti passer, aujourd'hui.

Aujourd'hui, j'ai griffoné quelques mots à droite à gauche, un peu à la main, quelques articles, un ou deux textes, ça faisait longtemps. C'est venu d'un coup, même si c'était pas très beau. Tant pis.

J'aime bien quand il parle comme ça, quand il dit tout, à toute allure, sans qu'on ait le temps de répondre. Quand il raconte les moindres détails, ceux qu'il tait tout le temps d'habitude, la sonnerie du réveil, et le tram un peu trop lent. J'aime bien quand il dit tout ça, les sourires et les espoirs. Même si y'en trop peu à mon goût. J'aime bien quand il parle, moi.
"Tes mots donnent la vie"
Faudrait y croire, aussi.
Mais je ne sais pas ce que ça veut dire "croire". Il a dit qu'il m'expliquerait, la prochaine fois.


(De retour le 26. Bonne semaine)

Compter silencieusement les centimètres carré de sa peau qui glisse sous les doigts. Parfum lointain, je ne reconnais plus rien. Manque de vocabulaire, dans toutes les langues. Balbutiements. "Y'a-t-il quelqu'un que vous admirez particulièrement ?". En allemand. Tu ne crois pas qu'on va crever ici, quand même ? Si. Tout doucement.

Compter jusqu'à trois et on se dit tu peux le faire, vas-y, ose, alors on compte encore et encore un deux trois et finalement on attrape le bouquin laissé à l'abandon dans la bibliothèque. Un deux trois premières pages, passer les mots au stylo-bille noir du début, on les connaît par coeur de toute façon, un deux trois tourner les pages, un deux trois, Livre du Voyage. Pourquoi en ce moment y'a-t-il toujours besoin du passé ? Coldplay, ça fait comme Queen. Peut-être même pire.

Compter dans sa tête les minutes avant la fin du cours. Bientôt bientôt bientôt. Compter les grains de riz à midi. (Non, ne dites rien, n'en parlez-pas, je sais, c'est pas bien, je sais c'est pas une bonne idée, mais.) Compter les minutes avant qu'elles s'en aillent, les deux imbéciles du foyer. (Si vous voulez l'histoire, demandez à Yerno, j'ai la flemme de tout redire ^^). Compter les minutes dans le métro, dans la rue, "entendre l'odeur du café" et puis.

Compter le nombre d'heures de sommeil avant demain matin. Zut, y'en a plus beaucoup.

J'ai perdu mes mots. Si quelqu'un les a vus...

Oui, si vous les avez vus traîner, sur le bord du trottoir ou sur le banc dans le parc, n'hésitez pas, ramenez-les moi, j'en ai tellement besoin... Comment je fais pour dire maintenant ? Pour dire le passé qui remonte en bloc, la nostalgie d'avant, les images dans la tête et les paysages en flou ? Comment je fais pour dire les sourires qui touchent, les bras qui rassurent, les yeux qui fixent un peu trop longtemps son pseudo ? Je dis pas.
J'ai perdu mes mots, mais elle m'a dit qu'ils reviendront quand je n'y croirai plus. Et puis c'est quoi, croire, d'abord ? Aujourd'hui c'était amer, pourquoi on y pense ? Pourquoi les souvenirs qu'on croit avoir oubliés en vérité ne sont jamais perdus ? Pourquoi Pourquoi Pourquoi ? Y'a quelqu'un qui peut m'expliquer ?
Je comprends pas. J'aimerais tellement pourtant. Sourire pour Zoé qui crie dans le métro en chantant et Romain qui marche à trois mètres devant nous parce qu'il a un peu honte... Romain, j'aime bien quand il parle. Il dit toujours des trucs qui réchauffent, mais il s'en rend pas bien compte.
J'aimerais bien comprendre, des fois. Pourquoi ça s'est passé comme ça. Commencé continué terminé. Commencé en trois mots. Terminé en trois maux, avec un sourire pour cacher les larmes. Commencé continué terminé. C'était trop simple, alors on compliquait. Lèvres framboises, contrebasse lancinante, Queen aussi. Forcément. Queen. Messages au réveil, messages dans la nuit, sourires sous la lune, milk-shake à la vanille. Jeux de maux, larmes en silences. Pourquoi on vit ? Pourquoi on souffre ?
Et pourquoi quand on a oublié, y'a toujours quelque chose pour venir tout nous rappeler ?


... Faites-moi signe.

"J'aimerais te serrer dans mes bras de toute mes forces, comme je ne l'ai jamais fait encore." Je veux bien.

Tout à l'heure, la ville déserte, la nuit, le froid dans les yeux, la grande écharpe, les phares des voitures qui éblouissent.
Tu vas où ?
Je sors me ballader.
A 18h30 ?!
Bah oui.
Aujourd'hui, l'exposé d'anglais et les regards qu'on fuit, puis les conversations-n'importe-quoi sur Msn, pour pas penser à lui (Pourquoi y penser d'ailleurs ? C'est stupide, ça faisait tellement longtemps. C'est stupide, oui vraiment.), faire réciter le théâtre à ma soeur et l'entendre me dire "Imbécile" (c'est dans la pièce), Mickey 3D dans les oreilles, mise en pages quand tu nous tiens (bah tu nous lâches pas...), apprendre à 22h30 qu'il y a de l'histoire euro à faire pour demain (de toute façon, qu'on y passe trois heures ou deux secondes, il trouve toujours quelque chose à redire), ah et puis aussi. DS d'allemand, mais c'est pas grave, de toute façon, depuis aujourd'hui je sais que maintenant, ça se dit "jetzt" et puis. Thème de Love Story à l'orgue, piano gelé et CD rayé. Y'a des rimes qui trottent dans la tête, des images d'avant.
Hier matin, j'ai du passer cinquante coups de téléphone, pour essayer de tout comprendre, de tout avoir, de tout réunir, de tout réussir. Ca a pas vraiment marché, moi j'voudrais du vrai.

(Des bras plutôt qu'des voix.)

... qui n'a rien effacé.

(Extraits de mails)

Le lycée a été l'endroit où j'ai appris le plus de choses, les bruits dans la tête et les amis en flou, les projets et les idées, l'espoir comme je ne le connaissais pas avant. C'est sans doute pendant ces années que j'ai le plus souffert mais aussi que j'ai le plus vécu. Comme on Vivra encore.

Des pantins désarticulés dans la bouche de métro, j'avais envie de ses lèvres et je n'ai que le wagon bondé, les désirs font souffrir, c'est bien connu, à quoi bon m'entêter ?

Qui c'est qui a coupé les fils ?

Il faudrait autre chose que la télé de l'autre côté de la cloison, et puis il faudrait autre chose que la fatigue au coin des yeux, que la boule dans la gorge, là. Autre chose que les reproches, que les larmes dans la voix. Autre chose, mais ça n'existe pas. Pas ce soir.

Je sais que rien n'a été facile et j'aimerais t'offrir tout le courage du monde pour qu'on puisse marcher ensemble...

Tout passe, oui ; et ça, ça passera, comme le reste, et puis comme tu le dis si bien... Rien n'est jamais vain.

Même s'il faut se frayer un passage au travers des bois, pas précipités sur le sentier, graviers qui écorchent les genoux, oui on trouvera un chemin. Pour aller où ? On s'en fout. N'est-ce pas ? Tant qu'on y va.

"Un enfant qui rit n'est pas seulement un enfant vivant. C'est un enfant qui a gardé espoir."


Comprendra qui pourra.

Semaine en montagnes russes, encore.
Un long dimanche de fiançailles, le parc la nuit, photos jaunies et boîte à souvenirs. Dimanche pseudo-philosophique et verres de vin à la main, mépris, un peu.
Soirée inscrite sur les bras, projets, idées, larmes, DS de latin sujet type bac (argh).
Lettre froissée, bougies parfumées, début de pièce de théâtre, Nietzche, traîner à la Fnac, mise en page.
S'énerver, pleurer, pas comprendre, s'en vouloir. Craquer, sortir, s'enfuir, (apprendre à) relativiser.
Manteau noir et col monté, mains froides et croches écorchées, thé à l'orange et foulard rouge dans les cheveux.
Messages qui réveillent, Saez et Mathieu Boogaerts, sourire dans le métro.
Contrôleurs à 21h dans le car, bouillie de bébé, espoir.
Après-midi de jeudi long et silencieux, Novembre dans toute sa splendeur, chinois qui se mélange, j'sais plus dire je t'aime.
Bac de piscine et escaliers qui tournent, coeur à cent à l'heure, pluie dans le cou, larmes sur les joues.
Ce matin, dans le métro, j'ai mis quatre stations pour traduire "Mon père travaille dans la boulangerie en face de la gare". Wo de fu jin zai huo che zhan dui mian de mian dian gong zuo. Mouais. N'empêche, ça n'aura pas servi à grand chose.

Et.
Mercredi, café et cours d'latin, portable qui vibre.
Burkina Faso.
C'est bon, on part. C'est bon, on a trouvé. Ca va se faire, on va y aller, on va s'envoler pour là-bas, pour aider des gamins à décorer leur orphelinat, on va le faire, ça va marcher.
Burkina Faso. C'est bon, il a dit oui. Il a dit "Je vous appelle dès que je reviens pour qu'on fixe un rendez-vous pour voir comment on s'organise pour mener à bien ce projet." Il a dit ça. Je l'ai entendu.
Tournoyer, et puis.

Au début de l'année, elle m'avait dit, ou plutôt écrit : "Si j'arrive cette année, à pleurer, ne serait-ce qu'une fois, de joie, alors j'aurais tout bravé."
Est-ce que j'ai tout bravé, moi ?

Est-ce qu'on bravera tout, nous ?

Ensemble.

Vous savez quoi ? On est en mars.
Si, j'vous jure. C'est Lilie qui l'a dit. Or, on ne contredit pas Lilie. Même si. Même si on s'appelle Yerno. Donc, on est en mars. C'est le printemps, y'a déjà des petites fleurs sur les arbres, pas beaucoup, certes, mais quand même.

Et vous savez quoi aussi ? Ce week-end, on va essayer de l'aimer.
J'ai promis. Alors toi aussi, dis ? Or, on tient ses promesses. Même si. Même si des fois, c'est difficile. Et même si y'a du boulot comme s'il en pleuvait. (Mais il pleut pas, parc'que. Parce qu'on est en mars.)

Et encore une chose, que vous savez ? Tout à l'heure, il m'a tendu le petit paquet. C'était un peu comme un pardon. C'était un peu comme un sourire. C'était un peu comme une dose d'encouragements. Ses mots maladroits, mais c'est peut-être comme ça que je les aime, aussi. Comme ça que je l'aime. Une coccinelle. Porte-bonheur. Parce qu'on y arrivera. Parce qu'on s'enfuira, là-bas.

Une preuve qu'on est en mars. La coccinelle justement. Y'a qu'en mars, qu'on voit des coccinelles, hein ?

(Oublier la journée. Oublier les non-dits et les demi-mots du cours de philo. Oublier le repas de midi. Oublier qu'on est censé boucler le journal lundi, qu'on doit avoir cinq pages sur soixante, et que sur quatre ordinateurs, y'en a deux qui marchent pas. Oublier Oublier Oublier.)

Faut juste se souvenir, qu'aujourd'hui, on est en mars.

:)

(De retour le 12. Bonne semaine.)

(Je viens de lire sur un blog "Si y'a des larmes, c'est que tu es vivante")

Rentrée. Avant même de sortir de chez moi, c'était déjà une mauvaise journée. Même si. Même si y'avait un rayon de soleil contre la joue, pendant que j'écrivais un mail en vitesse. Le temps que je descende les quatre étages pour sortir de l'immeuble (pourtant, je mets pas longtemps, j'vous promets...), il s'est mis à tomber des trombes d'eau. Puis comme j'étais un peu en retard, j'suis partie comme ça.
Je devais trouver une fleur, avant d'aller au lycée. Pour une surprise. Sauf que. Le fleuriste, à 9h, il est pas ouvert. J'ai juste tambouriné à la vitrine pour qu'on me laisse entrer.
Juste avant d'entrer dans le lycée, j'ai trébuché et je suis tombée. C'est ça, de trop regarder les étoiles. (Si c'est vrai, à 9h40, y'avait encore des étoiles, dans mon ciel.)

Après. Y'a les notes qui ont défilé, on se dit que le latin, c'est vraiment pas notre truc, et à la limite, la philo non plus. Ca reste un peu en travers de la gorge, la philo. Un peu beaucoup même. "Peut-on s'illusionner sur soi-même ?". Oui, j'croyais que j'avais (un peu) réussi.

Je suis sortie au milieu du cours de latin, juste après avoir traduit les quatre premiers vers de Virgile, page 252, avec des nominatifs qui se déclinaient bizarrement. On avait rendez-vous devant le lycée, les dix de la classe. (Parce que oui, on n'est que dix, dans notre classe, de L.) On est parti au cinéma à pied.

Le cinéma, ça faisait genre on était encore en vacances. Le film, ça faisait genre "tu crois pas que t'as assez pleuré pendant les vacances pour recommencer maintenant ?". Au début, avant que la salle ne soit plongée dans le noir, j'ai cru que la présence de la prof de philo sur le siège juste à ma gauche empêcherait les larmes. Puis en fait non. C'était même pire que d'habitude. J'avais le menton dans mon écharpe, et. Les dents qui claquaient. C'était beau comme film. C'était moche en même temps. Terrible, effrayant, angoissant, puis. "El Bola". C'était de l'espagnol, c'est beau l'espagnol. Plus mélodique que l'allemand. Plus. Je sais pas comment dire. A la fin du film, quand on est sorti, y'avait le déluge. J'aurais pu prendre le bus, mais. Non. Pas comme ça, pas à ce moment là. C'était pas possible. J'aurais fait un malaise je crois. Alors j'suis rentrée à pied. Ca tanguait sur la passerelle, j'ai cru que j'allais m'envoler. Mais c'était qu'un rêve.

En cours de philo, mon pull était tout mouillé et je grelottais. On a entendu la prof donner le corrigé, et on a vu la nuit tomber. C'était un peu amer.

Je sais pas pourquoi. Je me sens pas bien. Pourtant c'était pas une mauvaise journée foncièrement. C'était. Juste. Ca suffit pas.
La carte postale avec un sourire du Che en noir et blanc, et quelques mots derrière : "Cette carte postale pour que tu te rendes compte de l'effet de ton sourire. Le même que là. Apaisant." Oui mais...

Puis, elle était là, à la sortie. Elle a crié mon pseudo, comme ça, fort, comme si je n'allais pas entendre. Ca a fait comme avant. Quand je me suis retournée, et que je l'ai vue, toute petite sous son bonnet et cachée dans sa grande écharpe, j'ai cru que c'était un mirage. "Mais qu'est-ce que tu fais là ?!"
J'suis venue vous voir, idiote.
Oui, forcément.
Quelques nouvelles, elle parle, beaucoup, comme toujours. Très vite, aussi, avec un grand sourire. Elle est la Vie. Même quand elle dit "Prépa HEC au Parc, je dois faire une semaine de soixante-dix heures de boulot, et j'ai presque plus de temps pour le théâtre."
Et tu as quand même le temps de venir nous voir ? Et beh. Mais ça non plus, ça suffit pas.

Tout à l'heure, sa voix était un peu triste au téléphone. La mienne aussi. Je crois que si elle n'avait pas raccroché, je me serais mise à pleurer.

Et puis, là, juste maintenant, y'a un message qui fait mal. J'aimerais juste la serrer dans mes bras. Et lui dire que la Vraie Vie, c'est maintenant. Maintenant. Mais je peux pas.

Larmes.
Encore.
Genre trois fois dans la journée, ça suffit pas.

Ca suffit pas.

Suis pas bien réveillée. Un peu comme si j’avais du brouillard devant les yeux. Mais pas comme hier matin. Comme hier matin, où on ne voyait pas a dix mètres devant nous, où il faisait un peu froid un peu humide. Huit kilomètres pour aller acheter du lait. Dans la brume et en marchant bien sur le côté, surtout quand y'avait d'énormes camions qui arrivaient. Pieds glacés et fous rire du goûter. Chocolat chaud et essence de thérébentine. Mon pantalon beige a de grandes traces rouges et violettes maintenant. Lundi, y’avait Louise Attaque dans la maison et le cerne qui tremblait sur les pots de yaourt peints a l’éponge. Le lendemain matin, se rouler dans le duvet et faire semblant de ne pas entendre le réveil. Mais ça ne marche pas vraiment.

La télévision en fond sonore, puis des répliques du petit prince, j’ai pas bien compris le rapport. Un peu d’anglais dans l’après-midi et se mordre les lèvres devant un texte sur l’immigration assez incompréhensible. La pâte a crêpes qu’on fait sans faire attention aux doses, puis son sourire : « Pour une fois, y’a pas de grumeaux ! » On ne doit pas avoir la même définition. C’était doux comme journée. Lynda Lemay un peu, et puis quand elle a dit : « Si on vend tout, 91€50 de bénef’… c’te classe ! ». Heureuse. Des fois, on demande pourquoi, puis en vérité, y’a pas vraiment de raison. Heureuse, c’est tout. D’être la, de vivre, de monter un projet, de pas faire attention au reste, de l’oublier presque, de manger des crêpes brûlées devant les élections américaines, d’écouter Yann Tiersen en dansant, de les entendre rire pour rien, de.

Dans la voiture pour venir, y’avait l’autoroute qui défilait, puis les petites routes qu’on prend dans la mauvaise direction. La carte dans les mains, essayer de comprendre dans quel sens ça se lit. Pas y arriver. Quand on est arrivées, c’était chouette de les voir faire comme chez elles, alors que moi, je n’étais jamais venue. Y’avait des bagages comme si on partait pour un mois. En fait non, c’était juste deux jours.

La dernière nuit, y’a eu une longue – très longue – discussion avec elle, et puis c’était drôlement bien. Un peu amer des fois, parce que c’est toujours comme ça quand on parle des souvenirs ; un peu effrayant aussi par moments, parce que c’est toujours comme ça quand on parle de l’avenir. A deux heures, on s’est dit qu’il faudrait peut-être qu’on se couche, parce qu’il y avait encore plein de choses à faire le lendemain matin.

Y’a eu la lettre a l’UNICEF que j’ai eu un peu de mal a rédiger a cause du clavier Qwerty, et pendant ce temps, les filles qui faisaient des affiches en couleur. Coccinelles. Y’ eu les marque-pages, puis les cartes aussi. Y’ a eu l’émotion qui monte d’un coup, alors on se planque le menton dans une écharpe.

Y’a eu de la joie, de la bonne humeur, des rires, des projets, des idées, de l’enthousiasme, du bonheur en bloc. Y’a eu un appel d’un Ange Noir qu’on oublie aussitôt, même si. Y’a eu les voisins à qui on demande des médicaments. Y’a eu la bouillotte préparée façon grand-mère. Y’a eu la vaisselle en claquant des dents, les taches de peinture qui ne partent pas, la galère pour trouver du réseau. Envoyer un message à trois heures du matin, dehors, dans le noir, en levant le portable le plus haut possible (genre ça change quelque chose) en frissonnant. Y’a eu le Tonimalt, sa disserte de philo que je relis, les gants en latex qui craquent.

Et à la fin, y’avait comme une envie d’rester.
Pas envie de partir. Pas envie de rentrer. Et puis pas envie de rentrée, non plus.

(Ne voyez rien d'autobiographique dans le titre. [...])

Ce matin, dans un mail : "Excuse-moi si je m'inquiète pour toi : quand tu dis que tu pleures, c'est bien que y a quelque chose qui va mal, à moins que ce ne soient des pleurs de bonheur." On répond quoi, à ça ?

Vacances. Tout envoyer Valser.

Vlan.
Y'a la porte qui a claqué. Puis plus rien.

Cet après-midi, il a fait nuit 17h30. (Bon d'accord, ça, ce n'est pas que chez moi, mais n'empêche que. Ca me perturbe). Ca va être un peu amer Novembre, je crois. Long triste, et amer.
Cet après-midi, un défilé continu de gosses avec des chapeaux de sorcière et des araignées sur les joues. "Friandise ou bêtise". Friandise, merci, ça ira. Réglisse, puis sourires. "Merciiii" en choeur. Mais de rien.
Quand j'étais petite, quand on habitait encore là-bas, y'avait une grande malle en osier dans la salle de jeux. La malle aux trésors. Aux costumes. On n'y trouvait rien, et puis on en faisait les touts les plus hallucinants. Vieux vêtements, jupes fripées, morceaux d'étoffe accrochés dans les cheveux, chapeaux, écharpes, foulards, masques... C'était de beaux moments. Parce que quand on est petit, on peut se déguiser, on peut se transformer, on peut se dire qu'on est quelqu'un d'autre et puis qu'on va changer le monde, on peut y croire, on peut vouloir tout révolutionner, on peut partir à la conquête de l'espace avec un sabre en plastique, et jouer aux pirates avec un bout de tissu noir sur l'oeil. Après, c'est plus difficile. Après, y'a la réalité qui reprend le dessus, qui nous poursuit, qui nous bouffe, qui nous achève. On se déguise mais le coeur n'y est plus, on se transforme mais on sait que ce n'est que superficiel, on peut se dire qu'on est quelqu'un d'autre mais on est conscient des mensonges, on peut se dire qu'on va changer le monde et sourire en pensant que c'est beau les illusions, on peut y croire ou faire semblant, on peut vouloir tout révolutionner sans rien faire parce que c'est plus facile. Quand on est grand, la magie, elle n'existe plus vraiment.

Vacances. Vieillir. Vérité.

Cet après-midi, j'ai terminé les fiches de philo pour quatre leçons, terminé une partition irlandaise, terminé Kafka, terminé mon plan de dissert sur le pourquoi du comment de la mondialisation en histoire euro. Terminer.
Cet après-midi, j'ai reçu un mail qui fait sourire, et puis y'a eu un bout d'Irlande comme ça, comme par enchantement, et un fou rire avec ma soeur, et.

Vacances. Vaincre. Virevolter.


Vacances. Vagues. Va-et-vient.

Vivre ?
Demain, oui demain.
"Mais demain rien n'ira mieux"