vendredi 31 décembre 2004


C’est une chanson qui me ressemble Elle est née le vingt-quatre décembre A vingt-trois heures et des poussières J’étais un p’tit peu en colère

C'était encore pire qu'hier. Entre ceux qui ne disent ni bonjour ni merci, qui disent "Hééé on me vole mes affaires" en se mettant à crier comme des fous furieux "Non monsieur, je vous aide juste à mettre vos achats dans des sacs". "Oui c'est ça, vous allez partir avec, hein, vous croyez que j'vous ai pas vue..." (à votre avis, les gens comme ça, ils sont cons ou ils le font exprès ?) ou bien "Bon vous me rangez mes achats et puis si après vous pouviez me les porter jusqu'à la voiture, les mettre dans le coffre, et aussi excusez-moi est-ce que vous pouvez mettre ces papillotes à part parce que ce n'est pas pour moi et faire un paquet cadeau pour la boîte de chocolats s'il vous plaît ? Par contre, j'suis vraiment désolé, j'ai pas du tout de monnaie." et ceux qui disent : "C'est quoi votre projet ? Un orphelinat au Burkina Faso ? Et pourquoi pas en France, hein, pourquoi pas ? Vous croyez que y'a qu'ailleurs que les gens sont malheureux, vous croyez vraiment que je vais payer pour des Africains ?!" et "C'est quoi votre projet ? Un orphelinat au Burkina Faso ? Mais pourquoi vous faites pas en Asie ? Non mais franchement, vous réfléchissez vraiment pas, y'a des priorités dans la vie, non mais, vous avez vu ce qui se passe en Asie ?!".

Oui, madame, j'ai vu ce qui se passe en Asie, mais ce qui se passe en Asie excusez-moi de vous le dire, ça vous a juste ouvert les yeux. Des orphelins et des gens qui crèvent la gueule ouverte, y'en a de partout, et puis si vous êtes pas contente avec notre projet, vous ne donnez rien, mais vous vous taisez, parce que qu'est-ce que vous faites, vous, pour changer les choses ? Si c'est comme ça, moi je me fous sous la couette, je dis plus rien, et j'hiberne. Et puis merde.

(Ca, c'est ce que j'aurais aimé lui dire.)

- ...

(Ca, c'est c'que j'lui ai dit.)
Foutez-moi des baffes.


Pour rentrer, j'ai pris quatre bus deux métros et puis y'a Marc qui m'a parlé pendant une demi-heure quand j'attendais un bus qui n'est jamais venu puisque l'arrêt avait changé de place, mais les messieurs des TCL n'avaient pas estimé qu'il serait bon d'en informer les utilisateurs.
Marc, il a 43 ans, c'est un ancien drogué, il a toujours une cigarette à la main, et il me donnait entre 25 et 30 ans. Marc, il parle de fiction et d'anticipation, de spleen et de bad trip. Marc, il buvait du jus d'orange Champion, et il a dit "Je te drague pas. Ca, on verra après." Marc, il m'a fait pleurer.

Puis pendant tout l'retour, après, dans la nuit, j'pouvais plus m'arrêter. C'est ce qu'on appelle les dernières larmes de l'année. Quand y'a tout qui explose. Tout. (...) Dans le métro, le jeune homme en face de moi a dit "Héé mad'moiselle faut pas pleurer c'est l'réveillon", mais.

Bon, et puis là, on m'attend. Pour la fameuse soirée. Les yeux rouges, on va dire que c'est une nouvelle mode de maquillage, d'accord ?
Dites, j'suis vraiment obligée d'y aller ?

(Puis bonne année, quand même. Et pardon.)

Il a fallu vraiment longtemps pour que j'arrive à m'concentrer. Attendre que Msn se calme et ne prenne plus toute la place sur mon écran, attendre le vide dans la tête et le silence dans la nuit. (Faites-moi penser, avant de me coucher, faut que. J'écrive deux lettres. Repasse un pantalon -_-. Rédige mes TPE. Fasse un paquet cadeau. Oué je sais, j'suis optimiste.)

J'aime pas quand elle va pas bien comme ça. Quand je sais pas quoi lui dire pour juste la voir sourire. Je sais pas. Y'a Debout sur le zinc et la Mano Negra dans la tête, la migraine un peu, la fatigue beaucoup, l'impression que ce réveillon va être foireux (oué, c'est l'cas en général quand on sait qu'on va à une fête, sans savoir où c'est, quand c'est, et avec qui c'est... ahem.), et puis finalement pas franchement envie de faire la fête avec plein d'monde. [...] Juste sourire parce que peut-être y'aura lui. (M'enfin, c'est pas forcément une bonne chose, les ambiguïtés.)

J'ai mis longtemps, ce matin, à me réveiller. (Plus longtemps que pour écrire ce post, c'est pour dire.) Sous les néons du magasin, j'arrivais pas à entrouvrir les lèvres pour dire bonjour aux gens. C'était comme si elles étaient cousues avec du fil barbelé. Les gestes un peu automatiques, je regardais pas vraiment ce que je faisais.
Oui, l'a fallu vraiment longtemps.
J'pourrais vous dire que c'était un peu pareil que d'habitude, que les caisses faisaient toujours autant de bruit, que les huîtres coûtaient toujours 9,70€, et que y'avait plus d'papillotes Révillon. Mais en réalité, c'était différent quand même.

Y'a lui, à qui je dis "Je peux vous aider, si vous voulez", à mettre les achats dans des sacs. Il tourne la tête vers moi, me toise de haut en bas et dit : "Je préfèrerais une autre sorte de proposition..." Connard. Pardonnez-moi ma vulgarité, j'ai pas pu m'en empêcher, j'ai pas pu supporter, j'ai pas pu l'regarder, et puis il paraît que ça se fait pas, de cracher sur les gens. Alors je me suis retenue.

Et puis, y'a elle. Elle arrive, elle doit avoir une cinquantaine d'années, plutôt petite, bien maquillée. Je lui emballe ses achats, elle paie, elle met une pièce dans le gobelet, elle s'apprête à partir, je lance "Joyeuses fêtes, madame", son regard devient triste, elle fait "oh vous savez, les fêtes, joyeuses, non pas vraiment..."
J'attends qu'elle parle un peu plus peut-être, et puis "j'ai perdu mon fils... il est décédé en janvier dernier, crise cardiaque"... Elle a des larmes au coin des yeux, je sais pas quoi dire, soudain elle dit "oh je suis désolée je ne sais pas pourquoi je vous parle de ça". Je tente un sourire, et puis après "si je sais pourquoi, vous avez le même sourire que lui..." Blam.
Et là, y'a les larmes le long de ses joues, le long des miennes aussi, puis elle paraît toute fragile, et. (Merde, on dit quoi, dans ces moments-là ?) Je lui prends le bras, je le serre, un peu, presque fort, presque pour lui montrer qu'il est encore là, et elle me dit "Gardez-le mademoiselle, votre sourire, il vous va si bien". Elle s'en va, et à ce moment-là, sur le parking, dans la nuit, elle paraît encore plus petite qu'elle ne l'est vraiment.

(C'était presque triste comme journée. Mais chut.)

Au téléphone, elle parle aussi bien qu'elle écrit, c'est beau de l'écouter, ça donne des frissons partout. Juste quand elle a dit que l'année prochaine y'avait plein de choses de prévues, au début j'avais pas compris que c'était là, bientôt, l'année prochaine.

En plus, qui dit "année prochaine" dit bonnes résolutions. Faudrait y réfléchir. (Et une excuse pour pas lire Heidegger, une.)

J'arrête de :
penser à Hier, penser à lui, penser à l'Irlande, faire des cauchemars la nuit, me coucher à des heures pas possibles pour retarder les cauchemars, dormir dans la journée pour rattraper mes heures de sommeil en retard parce que je me couche à des heures pas possibles (c'est vicieux, hein), sauter les repas, me planquer dans le sous-sol du lycée pour plus voir les gens, penser au lycée quand je suis en vacances, me dire que 2005 ce s'ra mieux pour pas être désillusionnée après, croire au Père-Noël, jouer avec les ciseaux, écrire des lettres pendant le cours de latin, apprendre mon cours de philo en cours de latin, réviser mon allemand en cours de latin, manger des nounours à la guimauve et au chocolat (surtout quand j'ai pas faim), balancer le réveil contre le mur l'matin, pleurer pour rien, crier dans la rue, m'attacher aux gens auxquels il ne faudrait pas s'attacher, dire tout l'temps "faudrait", écrire des textes sans intérêt, tomber amoureuse du dernier CD de Keren Ann parc'qu'il va être rayé à force, tomber amoureuse-tout-court, traîner à la Fnac un 23 décembre à 17h, remuer des souvenirs dans la nuit, dire pardon tout le temps pour que les gens arrêtent de me demander d'arrêter de dire pardon :), sortir des citations avec lesquelles je suis même pas d'accord, vivre la nuit et dormir l'jour, pas répondre quand il m'appelle, arrêter de stresser pour la mise en pages du journal même si il nous manque 45 articles le jour du bouclage, faire semblant de pas voir l'heure en bas à droite de l'écran.

J'(ré)apprends à :
sourire pour rien, faire des projets, bosser pendant les vacances parc'que quand même faut être sérieuse des fois, me dire que y'a un truc à la fin de l'année qui s'appelle le bac, prendre le temps de rêver, jouer la musique du masque de fer du début à la fin sans sauter les passages qui sont un peu trop compliqués à mon goût, faire huit heures de sommeil minimum par nuit, louer les grands classiques que j'ai jamais vus chez le monsieur-aux-dvd, être gentille avec le prof d'histoire et arrêter de l'embêter même s'il aime bien ça, me soigner quand j'suis malade, dire non quand j'ai pas envie, répondre à tous mes mails en r'tard, profiter de chaque seconde, prendre n'importe quoi en photo juste parce que c'est chouette de prendre des photos, lire les bouquins de litté avant ceux des derniers prix littéraires, rire jusqu'à en avoir mal au ventre, dire je t'aime, faire du latin en cours de latin, donner des nouvelles aux gens rencontrés pendant les vacances, relire des vieilles lettres et regarder des photos sans pleurer, me servir d'un lecteur dvd et d'un sèche-cheveux (ahem), ranger ma chambre, faire le clown, être gentille, être pas trop pénible, trouver les bons mots, allumer la télé plus d'une fois tous les cinq mois au moins pour regarder les infos, vivre le jour et dormir la nuit, ouvrir les fichiers mp3 qui sont dans le dossier-qu'il-faut-pas-ouvrir, la serrer dans mes bras sans trembler.

Je continue à :
offrir des cadeaux aux gens que j'aime, faire des batailles de boules de neige, l'écouter me parler d'Eluard et de Baudelaire, mettre une écharpe différente tous les jours, avoir des envies de voyages, construire des rêves dans la tête, improviser des duos flûte/orgue avec Zoé, lire mon horoscope le matin dans les trois journaux différents rien que pour choisir celui que j'préfère, calculer le nombre de jours qu'il reste avant les prochaines vacances, déambuler dans la ville juste parc'que, aduler Bénabar, inventer des recettes de cuisine, griffonner des mots dans mon carnet rouge à spirales, traîner à la Fnac à l'ouverture quand y'a personne, parler à Charlie sur emmèssèneuh, envoyer des n'sms à Charlie, marcher pieds nus même si Maman elle aime pas ça, emprunter cinquante livres à la bibliothèque, pleurer devant les films, laisser des lettres sur les bancs de la place Bellecour, écrire des lettres au crayon à papier et à les plier jusqu'à ce que des petits grains de mine se glissent dans les rainures de la feuille, trouver du bonheur partout où y'en a, trouver des places de concert à des prix pas chers, dire "pétard" parc'que, danser tout l'temps, faire des listes àlacon.


(J'crois que j'ai oublié quelque chose.)
(Mais je crois qu'ça suffit, là.)

(Comment on fait pour raconter, les journées comme ça ?)

Ce matin, j'ai étouffé le réveil sous la couette, vers 6h, pour pas réveiller ma soeur. Après y'avait le sac à finir, l'appareil photo à pas oublier, les cds non plus, bref, tout ça. Le métro vide à 6h30, puis la nuit tout autour, le train déjà en gare, le compartiment désert. Bénabar dans la tête, le ciel en rose et bleu, la campagne qui défile. La gare d'Avignon, vers 9h40.

Ce soir, les fenêtres du TER étaient ouvertes et j'ai grelotté pendant tout le trajet. Sur les trottoirs y'avait de la neige boueuse et je me suis cassée la figure, mais c'est pas grave. Le métro était aussi vide que ce matin, j'avais toujours des cds dans mon sac, mais pas les mêmes, et puis un sourire collé sur les lèvres, mais pour une fois, c'était pas grâce à Bénabar.

Entre les deux.
Entre les deux...

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Y'a mon écharpe qui sent les marrons chauds. Le CD de Matmatah à 4 Euros. Les trois bises que j'ai oubliées. Son bonnet multicolore qu'elle osait pas trop mettre dans la rue. Le monsieur du pont qui nous a prises pour des anglaises. Les flocons dans les ch'veux. Le Palais des Papes. La mélodie de "Majorette" que je chante en tournant sur le pont d'Avignon. Les rires quand elle a failli se faire assommer par un pigeon. Puis quand elle a pris une douche à cause du système d'arrosage, aussi. Et ceux dans la boutique de confiseries, à cause du gant en plastique (un peu) trop grand. L'expo bizarre au musée d'art contemporain. (Forcément, c'est du contemporain. Ahem.) Les jeux dans le square pour enfants où on reste assises pendant une demi-heure. Les petites rues dans lesquelles on se perd.
"Tu sais où on va, là ?
- Nen.
- Oué, j'me disais, aussi."
Les magasins où on se dit "On passe devant sans s'arrêter on passe devant sans s'arrêter on passe devant sans." Et puis ça loupe pas. On s'arrête. Le chocolat chaud et la tarte aux clémentines. Les Père-Noël aux fenêtres. Le sapin avec de la fausse neige. Le magasin pour enfants où on s'extasie devant les marionnettes.

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Quand elle dit "Faudrait que j'achète un attrape-rêves". Bah écoute non c'est pas la peine, je t'en ai apporté un. (J'vais presque me mettre à croire au hasard, hein).

C'était aimer marcher dans les rues jusqu'à en avoir mal aux pieds, aimer faire semblant d'écouter les explications de la madame dans la télécommande sur le pont, aimer l'écouter quand elle parle, aimer la voir rire quand elle s'aperçoit qu'il neige.

Manger un espèce de gâteau tout bizarre mais très bon en dessert, traîner chez un disquaire, la cacher de la vendeuse pendant qu'elle finit de lire le prix Médicis dans les rayons de la Fnac, rire pour rien, acheter des cadeaux, échanger des CDs, et. Tout ça. Je sais pas comment dire.

Juste, la prochaine fois, les trois bises, j'oublierai pas.

:)

Réapprendre à. Poster. Retrouver les mots, parvenir à les écrire, doucement, lentement, il faut du temps. (On commence par où ? On dit quoi exactement ? On peut dire des trucs, même si vous comprenez pas ?)

Flocons par milliers, l'année dernière à la même époque, je lui murmurais "Les anges pleurent doucement", un Noël sous la neige, neige qui étouffait les pas, mais pas leurs rires, leurs cris et leurs jeux. Y'avait les traces de la luge dans tout le jardin, puis. Le grenier silencieux, des fois on fuit les voix sans faire exprès. Les jeux de société et les rires à en perdre haleine, les repas qui n'en finissent plus, les guirlandes qui clignotent et les emballages qui traînaient un peu partout.

Le 25 au matin, j'étais la seule imbécile à me demander le nombre d'euros qu'il y avait sous le sapin. Pourtant, je l'ai même pas fait exprès, j'y avais jamais pensé avant, c'est arrivé tout seul, comme ça, d'un coup, sans que j'le d'mande. Faut pas faire attention.

Parfois, j'aurais aimé être ailleurs. Ailleurs. Faudrait réapprendre à Rêver. Y'a de plus en plus de cauchemars dans la tête, j'aime pas trop ça. Les réveils en sueurs, et les marques de draps sur la joue.

J'arrive pas trop à dire comment elle était, cette semaine. Je me souviens de ses larmes à l'autre bout du combiné, juste parce que. Et puis du chocolat viennois et de son sourire. Des mitaines rouges qui se transforment en moufles si j'veux. Je me souviens de la nouvelle un peu triste de cinq pages et demi. Je me souviens du monsieur qui m'a tapée, parc'qu'il ne voulait pas que je l'aide à mettre ses achats dans des sacs, au Casino. Je me souviens de la Fnac bondée et du sourire du monsieur-rayon-littérature-française quand il a dit "Non, on n'a pas "Lettre sur l'humanisme", il est en rupture de stock chez l'éditeur". Et j'fais comment, moi, pour faire ma fiche de lecture, hein ?!

(Puis là faut que je trouve quelque chose pour finir ce post.)
(Y'a Julie qui propose : JE VOUS AIMMME TOUUUS MEME SI NOEL C'EST PASSE)
(J'crois qu'j'ai plus vraiment envie d'aller à Avignon, demain. ^^)
(Naan, on va pas finir comme ça, parc'que c'est même pas vrai, je crève d'envie d'aller à Avignon demain, même si le train, il est à 7h23, on s'en fout, c'pas important, faut juste que j'oublie pas que là-bas, c'est trois bises, hein.)

Le vendredi des vacances, je lui avais demandé : "Tu crois que quinze jours, ça suffit, pour réapprendre à vivre ?". Puis il avait pas répondu, juste y'avait son regard un peu plus lointain. Juste à la fin, quand j'partais, il a fait "Il est grand temps de rallumer les étoiles, mademoiselle". Oué, forcément, y'a qu'lui pour citer Apollinaire. Aujourd'hui j'voudrais lui dire que réapprendre à vivre, c'est presque plus facile que réapprendre à poster.

Ca n'arrive pas souvent les journées comme ça.

Quand on part en retard au lycée à cause d'un monsieur qui veut absooolument qu'on prenne l'annuaire (Non merci, j'en veux pas. Maiiiis c'est gratuiiit. C'est pas une raison, j'en veux pas quand même. Maiiiis c'est gratuiiit. Ok, c'est bon j'ai compris, faut signer où ?). Quand on mange des papillotes en cours d'allemand. Quand on rencontre le directeur du cabinet de la mairie du cinquième arrondissement et qu'on rit quand il dit je travaille à mi-temps : douze heures par jour.

C'était une journée où j'ai dit bonjour à l'hiver. J'ai soufflé des bouffées d'air glacé dans la rue, en pensant que y'a qu'à cette période-là, qu'on peut faire ça, alors faut en profiter. Et j'ai mis mes mains loin dans mes poches, pour refuser les journaux gratuits au métro qu'ils voulaient me fourrer dans les bras. Parce que l'excuse du "j'ai froid aux mains", elle aussi, y'a qu'à cette période-là, qu'on peut l'utiliser.

Puis à midi, me suis dit qu'il fallait que j'aille au jonglage, parce que ça faisait longtemps quand même. Quand j'suis arrivée, le prof a fait :
"Ohhh une revenante !! Comment vas-tu ? Ca faisait longtemps ! Tu reviens alors dis ?
- Oui, vais essayer, mais j'ai pas trop l'temps...
- Oh, ça m'fait plaisir ça, Amélie !
- Mais monsieur, j'vous préviens, je sais plus rien faire, ça fait au moins trois mois que j'ai pas tenu des balles.
- On parie que tu sais toujours faire ?
- Euh... oué. On parie quoi ?
- Un chocolat chaud.
- Bon bah euh... d'accord."
Et là, comme par hasard, j'ai réussi à jongler (à cinq balles en plus.), du coup, il s'est mis à sautiller de partout dans le gymnase : elle y arrive, elle y arrive, j'ai gagné un chocolat chaud ahah.

Ahem. Vous en connaissez beaucoup des profs qui parient des chocolats chauds, vous ? Nan, j'vous jure, c'était bizarre comme journée.

Une journée avec des envies de meurtre aussi, mais je me suis retenue très fort, j'ai fermé les yeux jusqu'à ce que des tâches de lumière apparaissent dans le noir.

Le bus qui filait dans la nuit, des envies de photo, des envies de balancer qu'il "pleut de l'espoir", parce que faut y croire. Acheté le CD d'Aldebert, il passe en boucle dans les oreilles maint'nant. Le métro lent lent lent comme une tortue, elle immobile comme une statue, j'lui ai mis les mains sur les yeux, elle a sursauté, puis après on a ri. Pour rien.

On a ri. Pour rien. Pour rien. Pour rien du tout. Juste parce qu'on en avait envie.

Une journée où ma soeur a faillit faire cramer la maison parce que cette demoiselle ne sait pas éteindre une alumette correctement. Bilan de la catastrophe : une poubelle en plastique fondue, de la fumée partout dans la maison, une tache marron sur la tapisserie blanche. Bref, heureusement qu'mon père n'était pas là.
Une journée où ma soeur (l'autre, cette fois) a chanté Starmania a capella, avec une voix qui donne des frissons de partout, avec moi qui effleurais les notes du clavier de l'orgue, puis ça c'était. (...) Magique.

Une journée où elle me parle avek d chifr é dé mo bizar genr zyva komen chui entr1 2 réalizé ke ça fé 1plomb kon c pa parlé ctabuuu. Est-ce que je suis obligée de donner une explication à ce manque de communication entre nous ?

Une journée où il a dit "Je peux te dire Merci, même si tu sais pas pourquoi ?". Euh... oué. "Alors Merci".

Puis là, je m'en vais.
J'reviendrai, oué. Un jour.
Mais en attendant, Joyeux Noël. (Je sais, y'a eu mieux, niveau originalité, mais. Faut bien qu'il y ait quelque chose de "normal" dans cette journée.)

J'pourrais dire la lame qui glisse, et le prof qui dit "vous ne savez pas parler anglais", parce que je n'ai pas réussi à lui dire "investisseurs" et "blocus aérien" ; la cantine qui n'a pas voulu m'ouvrir parce que j'étais à la porte à 13h17 et que le service s'arrête à 13h15, qu'après j'avais faim, dans les sous-sols du lycée, jusqu'à 17h30. J'pourrais vous dire que j'ai pas réussi à aligner plus de quatre paragraphes ce soir, sur le document word, et que je déteste perdre les mots. J'pourrais vous dire que c'était quand même moche, de sortir du lycée un mercredi à cette heure-ci, que c'était quand même moche les larmes étouffées dans l'couloir, et le message sur le portable.

Non Non Non Non Non

J'vais simplement vous dire, que maintenant, pour le journal, on a une belle imprimante qui marche, que les billets de train finalement, ils sont qu'à 39€, qu'il reste que deux jours de cours et que vendredi faut que je pense à prendre des partoches pour emmener en cours, que j'ai dit à mon prof d'histoire "monsieur vous êtes un mooooonstre" en prenant un air horrifié, simplement parc'que. Et qu'il a répondu, "je le sais bien, Amélie, je le sais bien" avec un grand sourire, et que c'était chouette. Juste vous dire que j'ai lu 7 jours en une heure et demie et que c'était beau (même si...), que ce matin je lisais Prévert dans le métro et que j'ai failli louper mon arrêt, que. Quand Romain, toujours calme et posé, se met à faire de grands gestes en disant "oh mais cette proviseure, c'est une vieille bique !", qu'est-ce qu'on rit...

C'est une de ces journées qu'on n'arrive pas à définir, un peu trop irréelle, un peu trop hors du temps. Juste comme si c'était déjà les vacances, étant donné que je n'ai même pas ouvert mon sac depuis que je suis rentrée (ahem.), une journée contradictoire et paradoxale, une journée avec finalement, comme le disait Prévert ce matin, la pluie...


Et le beau temps.

Quel effet ça fait, de marcher sur une poutre, et de soudain déraper ? De se retrouver la tête dans le vide, puis les mains sur le sol, écorchées. Les yeux qui brûlent, les genoux qui font mal. Quel effet ça fait de plus arriver à rester en équilibre ? De jeter un coup d'oeil en bas, et de soudain attraper le vertige. Quel effet ça fait d'avoir les jambes qui tremblent et les bras qui se font lourds alors que juste avant, on pouvait danser et sautiller sans même vaciller ?

Pourquoi y'a toujours un truc pour gâcher les bonnes journées ? Pourquoi y'a les mots que je comprends pas, en vrai, dans les mails et au téléphone, aussi ? Pourquoi j'ai l'impression que tout m'échappe en ce moment, que je suis trop ailleurs pour comprendre quoi que ce soit ?

J'ai décidé. J'arrête la poutre, et je me mets au sol. C'est plus facile, et on tombe de moins haut.

C'est pas grave, si je marche dans la rue au rythme de Bénabar ? Pas grave si je chante Aldebert pendant l'intercours de philo ? Pas grave si je regarde le gamin du métro qui dit : "Alooooors Noël c'est dans cent cinquante-huit jours, après y'a la chandeleur, et Pâques c'est en février, et le quatorze juillet, en mai, et mon anniversaire c'est bientôt, c'est en octobre !" et que j'explose de rire ?

Pas grave si j'écris des lettres à des inconnus et que je les laisse partout dans Lyon ? Pas grave si je pressens que le sujet de mon bac d'histoire euro va tomber sur la NAFTA et du coup je révise que ça ? Pas grave si je mélange les mots en chinois, et qu'au lieu de dire "Quand il retrouve son ami, il est très content", je dis "Il a mangé une pastèque en riant", juste parce que j'ai pas mis les bons tons ?

Pas grave si :
"Oh 'mélie, pourquoi tu te lâches pas les cheveux plus souvent ?
- Parce que ils s'accrochent de partout.
- Bah, s'ils s'accrochent autant que toi, tu t'accroches à la vie, t'inquiète pas, t'auras pas trop de mal à les démêler."

C'est pas grave si je reçois des messages avec cinq fois "merci" à l'intérieur ? Pas grave si je crie dans la station de métro "dis pas ça, nos rêves si on veut vraiment les réaliser, on les réalisera, un point c'est tout." ? Pas grave si je lui dis que je peux l'aider, si elle veut, encore plus qu'avant, si elle n'y arrive pas toute seule, si elle a besoin, que moi j'veux bien, et que quand elle dit "mais t'as pas l'temps !", je réponds "il suffit d'apprendre à ne pas dormir." ?

Pas grave si au lieu de prendre le cours d'histoire, je pense aux cadeaux que j'ai envie de faire pour Noël ? Pas grave si je me dis qu'il faudrait que je lui envoie un texto, là, tout de suite, maintenant, c'est urgent, sauf que j'ai pas son numéro, et que j'ose pas trop le lui demander ? Pas grave si à la réunion, on était 8, au lieu de 22, mais c'était drôlement bien quand même ? Pas grave si Lyon-Avignon en train, ça fait 51.90€ ? Pas grave si je me rends compte que j'aime bien, faire le clown, en étude, pendant que les autres essaient de travailler ?

Puis pas grave non plus, d'aller se coucher les cheveux détâchés, la première fois depuis au moins deux ans, rien que pour lui dire demain matin, qu'ils sont tout emmêlés, et qu'ils s'accrochent de partout. Et qu'ils veulent pas, mais alors pas du tout, se démêler.

Silence : n.m.
1. Absence de bruit, d'agitation.
2. Fait de ne pas parler, de se taire.


Là-bas, dans l’appartement, au quatrième étage, à côté du stade et de la piscine municipale, juste au-dessus des voisins qui aiment bien quand je joue de la musique, juste au-dessous de ceux qui font des travaux de 7h à 21h, juste en face de là où y’a les gamines avec leurs chapeaux roses ; au quatrième étage de l’immeuble du bout de l’avenue, au 7 précisément, celui en face de la boulangerie fermée le week-end, pas loin de l’arrêt de bus du 38, celui qui va jusqu’à l’autre bout de la ville ; au quatrième étage, pas bien loin du magasin d’informatique et de la petite épicerie, à cinq cent mètres de la grande bibliothèque, là-bas, dans cet appartement de 80m², avec trois chambres et une petite cuisine, là-bas, on ne sait pas ce que signifie le mot « silence ».

Là-bas, il n’y a jamais grand monde. Ca va jusqu’à quatre personnes, parfois, mais c’est rare quand même. Les gens se croisent, claquent les portes, partent en courant, s’enferment dans les chambres, mettent de la musique pour plus entendre les voix, se cachent la tête sous l’oreiller en murmurant tuez-moi.

Là-bas, ça parle fort, les mots toujours plus hauts les uns que les autres. J’ai commencé à jouer de la musique pour couvrir les cris. Ca marche pas vraiment, mais maintenant, la musique, je ne peux plus m’en passer. Alors le dimanche après-midi, alors que l’appartement est vide, je m’assois devant l’orgue du salon et je joue des morceaux sans m’arrêter.

Ca permet de faire le vide dans la tête, et on attend qu’il vienne, alors. Lui, le silence. Absolu, écrasant. Eternel. Un silence de mort. Complet, prolongé, recueilli, religieux, long, lourd, profond. On l’attend et il vient tout seul, il frappe même plus, il sait qu’il a le droit d’entrer, il sait qu’il est chez lui, même s’il ne vient pas très souvent.

Alors il s’installe, il dépose son manteau à l’entrée, il s’assoit sur un tabouret à côté de l’orgue, il me dit « attention, ne te déconcentre pas, fais attention à ton accord, là », mais j’arrive pas à lui dire qu’il m’intimide. Il fait du bien mais ne s’en rend même pas compte. Et puis. Le temps passe, et après. Y’a la clé qui tourne dans la serrure, et le Silence qui s’évanouit d’un coup, sans même me dire au revoir. Et alors, tout recommence.


Mais c’est pas grave, hein.
Un jour, le Silence reviendra, et alors, je lui demanderai, lui ordonnerai de rester longtemps. Longtemps. Au moins mille ans.

Ciel d'hiver, coton, s'enfouir dans la couette, écraser l'réveil, balancer le portable contre le mur, mais tais-toi laisse-moi dormir, j'voudrais n'avoir besoin que de quatre heures de sommeil, pour avoir l'Temps de. Vivre. Explication de philo, reste plus qu'à recopier, n'empêche que c'est drôlement long, puis faudrait peut-être se mettre à réviser le bac blanc qui est mercredi, quand même.

Dites-moi que je ne suis pas sérieuse.
Dites-moi qu'il y a un bac à la fin de l'année et que. Ca peut pas continuer comme ça.
Engueulez-moi. Criez. Faites-moi comprendre que c'est bien beau d'avoir des projets, mais qu'il faut classer les priorités. Faites-moi comprendre que ce n'est peut-être pas la meilleure idée d'entamer une nouvelle partition alors qu'il y a le cours d'allemand qui attend d'être appris pour le DS de demain.
Dites-moi qu'il ne faut pas toucher le feu, parce que ça brûle. Qu'il faut se soigner quand on est malade, au lieu de traîner ça pendant des semaines et des semaines. Dites-moi que les médecins ne sont pas tous méchants, qu'ils ne veulent pas me bouffer, juste m'aider. Dites-moi que c'est pas raisonnable de se coucher à 4h du matin, même si y'avait une excuse. Dites-moi que les gens qu'on aime, on ne les perd pas toujours. Dites-moi qu'il ne reste plus qu'une semaine, plus que huit heures de philo, plus que quelques cours, plus que. Même si c'est important, comme semaine.
Engueulez-moi quand je sors sans écharpe alors qu'il fait -2°C, quand je claque les portes et que je pars à la gare à 22h pour fixer le panneau des destinations d'un air hagard et rentrer un peu trop tard avec les yeux rouges.

Dites-moi. Ce que vous pensez. A quoi ça sert de rêver ? A quoi ça sert de murmurer les mots ?
Dites-moi s'il fait noir dans vos têtes, ou si la nuit, elle n'existe que chez moi.
Dites-moi ce que ça fait de rire pour rien, de courir dans les rues.
Dites-moi qu'il va neiger, bientôt. Dites-moi que les rayures, ça s'efface.

Dites-moi que c'est pas bien de balancer des mots sur un blog à la façon d'une bouteille à la mer. Dites-moi de me taire, la prochaine fois.

(Cdh : oui, et puis tu sais, sur la vitre, dans la buée, du bout du doigt, on écrit Help, mais y'a personne qui voit...)

Elle a joué au morpion sur mon bras, griffonné les mots, tatoué ma peau, "pourquoi t'as fait ça ?!", "tu le fais bien, toi", c'était comme.
Une semaine de fin d'automne, avec le menton dans l'écharpe, avec les radiateurs du lycée qui ne marchent pas, avec le chacrin le soir quand on rentre, avec le métro qu'on attend trois heures sur les sièges glacés, le métro qu'ils ont allumé en rouge, vert, jaune et bleu, pour la fête des lumières. Une semaine silence, même quand elle me secoue pour que je parle, une semaine-je-sors-de-la-maison-à-22h-en-pleurant-et-en-claquant-la-porte-parce que. Une semaine avec le récit du concert de M, du théâtre où on se perd dans la ville pour y aller, dans les rues, dans leurs mots, dans leur musique, dans leurs gestes, leurs histoires de tous les jours... Une semaine avec du vin chaud dans la gorge, des mains qui se cherchent dans les poches, les sentiments un peu ambigus et puis. On s'en fout, demain on aura déjà oublié. Une semaine avec du cinéma en philo, une boule dans la gorge, des larmes pour Bowling for Columbine, et pour tout le reste.
Une semaine où tout se casse la gueule. Mais on n'est plus à ça près.

(écriture semi-automatique, pardon.)

M'en voulez pas Si je m'enfuis Si je pars déjà Si je lâche la vie

M'en voulez pas, si je.
Si je crie hurle et pars en courant. Cherchez pas à me retenir, à m'attraper par le bras, lâchez-moi, laissez-moi. M'en voulez pas, si d'un coup, je me mets à pleurer, j'arrive pas à m'arrêter. M'en voulez pas, si jamais j'vous dis que j'vous déteste, si vous n'avez rien fait, si j'vous dis allez-vous en, si j'vous dis c'était mieux avant, si j'envoie tout valser, si je marche au milieu des assiettes cassées, si j'crie que la vie c'est moche, si j'enfonce mes mains un peu trop loin dans mes poches, si je me cache quand vous me cherchez, si j'vous repousse quand vous approchez, si j'danse sur du silence, si ce que je dis n'a pas de sens, si j'engueule les mots, si j'dis que tout est faux. M'en voulez pas si j'regarde le ciel pendant les cours, si j'cherche dans le dico la définition d'amour, si y'a d'la pluie sur mes joues, si j'arrive pas à retenir les coups, si j'marche trop vite dans la rue, si j'vous dis que la vie, ça tue. M'en voulez pas si jamais vous d'vinez, si les mots sont maladroits à la récré, si tout semble irréel comme ce soleil de décembre, si j'tais les mots et qu'mes mains tremblent. M'en voulez pas pour les secrets, pour les choses qu'on n'dit jamais, pour les partitions que j'ai rangées, pour tous les livres que j'ai fermés. M'en voulez pas pour l'ironie, m'en voulez pas pour tout c'que je détruis, m'en voulez pas. M'en voulez pas si j'arrive plus à vous serrer dans mes bras, si j'arrive plus à lire dans vos yeux, si j'arrive plus à vous dire que j'veux y'aller, là-bas, si j'vous dis qu'un et un n'ont jamais fait deux. M'en voulez pas si j'vous dis qu'j'ai oublié. De manger à midi, m'en voulez pas. M'en voulez pas si je vous dis que ce matin, c'était trop, quand elles parlaient toutes les deux avec des mots qu'il ne fallait pas dire, des mots que je taisais, elles les ont balancés, comme des trucs qui brûlent au fond du ventre, comme des trucs qu'on étouffe sous tout le reste, comme des trucs que. Sauf qu'elles, c'était presque pour rire, presque comme un jeu, presque comme un truc qu'on raconte aux gamins, pour qu'ils dorment bien le soir, presque comme un. Cauchemar. M'en voulez pas si je vous dis que j'ai eu envie de m'enfuir, mais elles n'auraient pas compris. M'en voulez pas si tout à l'heure je lui ai répondu que ça va très bien merci, si j'm'énerve à cause de lui, si j'erre sans vraiment savoir où je vais, si je n'ai jamais aussi peu su où j'avançais. M'en voulez pas si je claque les portes, de toute façon elles sont déjà fermées, m'en voulez pas si j'm'en vais dans la nuit, si je me retourne pas pour dire au revoir, j'ai jamais aimé ça, si je ne fais pas de signes de la main, si j'entends pas les voix, si j'entends plus les bruits, m'en voulez pas si je.

Demain, je mettrai plein de bracelets.

(Même si. C'est un peu ça.)

Les mots sur la feuille de papier, on voudrait en dire plus mais on se tait. Pour pas la blesser, parc'que. Parce qu'elle est trop fragile, et puis on s'en voudrait trop de la faire pleurer. En attendant, ça brûle à l'intérieur, mais les autres c'est plus important, hein ? Puis elle a craqué dans mes bras, mais. Je savais plus quoi dire, c'était y'a trop longtemps, depuis les mots ont disparu, maintenant, maintenant, ses larmes, ce sont les mêmes, mais les mots, non, ils ont changé, je ne sais plus qui elle est, je ne sais plus c'qu'il faudrait, je ne sais plus pourquoi. Deux heures avant, j'étais énervée par tous ces gens-là, qui valsent autour de moi, qui râlent parce que la prof de litté nous donne dix pages à lire pour le lendemain, qui râlent pour un rien, pour le 1er décembre qui est là, pour quand on va sortir du lycée il fera déjà nuit (mais non, imbécile, on est mercredi), pour. Qui s'en foutent de savoir qu'il existe autre chose à côté, là, pas loin, juste en dessous des fenêtres de notre lycée-trop-riche-en-plein-milieu-du-quartier-chic-de-Lyon, que je déteste parfois. Alors quand elle a pleuré dans mes bras, j'l'ai juste serrée fort, parce que je ne savais pas quoi dire.

[...]

En sortant du lycée, à deux heures, parler un peu avec ma Lueur, s'énerver aussi, parce qu'on pense la même chose sans arriver à l'exprimer. Puis sécher ses larmes. (Quand on sèche les larmes des autres, on oublie les siennes ?) Parce que je déteste la voir pleurer, c'est mon Espoir, c'est ma tâche de soleil.

[...]

Norah Jones, hier ; sauté, le repas de midi ; les sapins le long de la rue, les décorations un peu plus haut dans le ciel, c'était un peu triste ; puis les mains qu'on n'arrive pas à réchauffer à l'arrêt de bus. Ce bus qui n'arrivait pas d'ailleurs. Se caler au fond, sans un regard pour personne, faudrait pas qu'ils voient les larmes, quand même. Moi, y'avait personne pour me les sêcher, mes larmes. Parce que vous savez bien, "Pas de bras, pas de chocolat"

[...]

Hier, c'était décembre, puis y'avait du soleil partout, sauf dans la tête. J'ai traîné à la bibliothèque, encore, parce que y'a comme une envie de couette et de chocolat chaud avec un trop-plein de mots dans la tête, y'a comme une envie d'oublier le reste en avalant les pages, en lisant s'en s'arrêter, mais pas de la philo ou de la littérature, juste autre chose. Quand la dame m'a dit Il en reste, un puis après Ah, mais c'est tout récent, tu as le temps, j'ai répondu que c'était parce que c'était de la poésie. Et la poésie, ça se savoure. Alors empruner Le monde de Sophie, grâce à ce jeune homme, réserver 7 Jours, grâce à cette demoiselle, rentrer, les cheveux qui collent aux joues.

[...]

(La fin, on raconte pas, hein ? Déjà que c'est moche, comme post.)

Y'a des soirs où on préfèrerait tout oublier.

Sa voix, hier, à minuit presque. "Tu sais que ce n'est pas une heure pour appeler les gens ?". Il a du dire quinze fois "pourquoi ?" en dix minutes, et je me suis mordue les lèvres parce que je ne pouvais pas répondre. A la fin, c'était "Je ne te comprends plus, 'mélie" puis je voulais lui dire "Tu ne m'as jamais comprise, de toute façon", mais il avait déjà raccroché. Mais c'est pas grave, hein ?

(Quand j'étais petite, je me mettais de la peinture sur les doigts, une couleur sur chaque, et je faisais une grande traînée. Pour dessiner un arc-en-ciel. Mais il n'y avait que cinq couleurs. Ils ont toujours été un peu bancals, mes arcs-en-ciel.)

La peur ce matin, les regards des gens. Leur dire que "non désolée pas maintenant mais oui ce soir cet après-midi promis désolée pardon c'est pas de notre faute". Se répéter un peu sans faire attention. Dans le couloir, quand je courrais, il m'a attrapé le bras "T'inquiête, 'mélie, ça va bien se passer". Puis finalement il avait raison, mais sur le coup, je l'ai pas cru.

(Ses mains dans le cou, c'était froid. Gelé, même. Alors on les prend entre les nôtres, pour les réchauffer. C'était un peu une excuse, aussi.)

Quand j'ai pris le livre sur l'étagère, elle a dit j'peux pas faire les emprunts ça marche pas. C'était un sourire un peu triste, tant pis hein, on le fera demain. On reporte tout, on attend qu'ça passe. Qu'la vie passe. Ce matin on m'a dit que la maladie sexuellement transmissible la plus dangereuse était la vie, on en était tous atteint, puis on en crevait tous.

Oué je sais, c'était gai comme journée.

Y'a des soirs où on préfèrerait tout oublier. Renaud, ça recommence, ça faisait longtemps, mais là c'est presque une drogue. Ca fait pleurer, comme avant, toujours, bien sûr, évidemment. Mais je l'ai un peu cherché, aussi. Y'a les paroles qu'on connaît par coeur, on croyait qu'on ne s'en souviendrait jamais, et puis en fait. Si. C'est comme le vélo, ça s'oublie pas.

Y'a des soirs où on préfèrerait tout oublier. Oublier qu'il n'y a pas besoin d'eau pour se noyer.

Y'a des soirs où on préfèrerait tout oublier. Le bac blanc d'histoire euro qui s'rapproche, l'explication de texte de philo, le bac blanc d'anglais, celui de litté, la compo de géo, le. Tout ça. Puis les minutes qui défilent pas en latin, la place du verbe en allemand, le sourire, les sourires,

son sourire,

y'a des choses qu'on voudrait dire, mais.

Y'en a tellement que vous ne saurez jamais...