jeudi 24 mars 2005


Des rêves Qu'on en crève Pour rien Puisque tout tient dans la main

J'ai revu Elsa. Elle était là, debout, derrière tout le monde, derrière tous ces lycéens qui criaient devant le lycée, elle était là, pas changée, la même. Exactement. Au début, j'ai pas compris. Puis j'ai laissé les autres continuer les percus sans moi, j'ai posé mon djembé par terre (au grand désespoir de Max) et je me suis précipitée vers elle. On a parlé quelques minutes, le journal, oui ça va, tu en as eu un ? il m'en reste un si tu veux, oh merci c'est gentil, alors cette année ?, Sciences-Pô, non j'aime pas l'ambiance, et toi, oui ici ça va, il paraît que, oui, pourquoi pas, d'accord, je viendrai. Ca fait toujours bizarre de recroiser ces personnes-là. Mais au fond, c'est pas désagréable.

Les derniers jours sont comme irréels. Aujourd'hui bloquer le lycée pendant six heures avant qu'il ne ferme, mais continuer après quand même, faire des bolas au milieu des gens et jongler avec une demoiselle. Apprendre enfin son prénom, se dire qu'il colle pas, être presque déçue. Prendre des photos, éclater de rire, hurler des slogans. Fabriquer des autocollants et en mettre sur tous les vêtements, j'avais juste oublié que le blanco avec lequel on avait écrit dessus n'était pas sec (très douée, comme fille...).

Ces derniers jours. Raphaël en boucle. Justine Lévy. Coldplay, très fort, très fort, trop fort. Maxence Fermine. Danser pendant deux heures sur Muse et refaire une partie de la choré, juste parce que. Des spectacles à préparer, des textes de théâtre à apprendre. On a répété dans l'escalier, mais les prépas n'arrêtaient pas de monter et descendre, en s'excusant à chaque fois. Ces derniers jours, oui, irréels. Une discussion sérieuse avec lui, alors que je croyais que ça n'arriverait jamais. Et puis en fait, si. Comme quoi... Puis de jolies notes, des sourires, des idées de texte, de l'impression de vivre au présent. A cent à l'heure.

A mille, même.

(Cadeau viendu de )

Combien lisez-vous de livres par an ?
Je suis une boulimique des mots en crise permanente. En moyenne un roman par semaine, sachant que des fois y'en a quatre, et des fois pas du tout. Donc ça fait déjà 52. Plus les vacances où y'en a beaucoup plus. Genre les dernières, j'ai lu vingt romans en quinze jours. Donc euh... au total. Beaucoup. Entre 120 et 150. Ahem.

Quel est le dernier livre que vous ayez acheté ?
C'était dans le Vieux-Lyon, chez un bouquiniste. La jeune fille à la perle de Tracy Chevalier. Et puis j'en ai acheté un autre en même temps, mais je suis incapable de me rappeler quoi. Je ne l'ai pas encore lu d'ailleurs, mais. Ca m'perturbe, là. Puis pour offrir, Salle des pas perdus, de Julia Billet, et Leur histoire, de Dominique Mainard. Pages dévorées en début d'année. Qui ont marqué.

Quel est le dernier livre que vous ayez lu ?
La Jeune fille à la perle, justement. Beau livre. Fragile équilibre entre larmes et sourires. Et en ce moment, je finis Un cirque passe, de Modiano. Et décidément, il me fait toujours le même effet, Modiano. J'étouffe, en le lisant. Mais j'en redemande tout le temps. A peine compréhensible.

Listez 5 livres qui comptent beaucoup pour vous ou que vous avez particulièrement appréciés.
(Cinq. On va dire que j'ai lu Cinquante.)

Paroles, de Prévert. Parce que ça a commencé en primaire, avec Le Cancre et Le portrait d'un oiseau, puis ça a continué au collège, avec Paris at night. Parce que ça ne m'a pas lâchée au lycée, avec Barbara, parce que maintenant, ça enfle, ça emporte, ça pousse dans le dos, ça fait s'envoler. Parce que les pages se décollent tellement je l'ai ouvert, parce que ces poèmes je les ai lus, chantés, murmurés, joués, criés, aussi. Parce qu'ils étaient et sont de partout, dans le métro, dans la rue, dans la chambre, dans la nuit. Parce que c'est le livre que j'avais toujours dans mon sac à dos en Irlande, au coin des Cliffs of Mother ou dans les rues de Dublin. Parce que tout ça, et puis aussi parce que, Prévert, y'a pas à dire, c'est un génie.

Les enfants Tillerman, Cynthia Voigt. Livre pour enfants. Parce que cette histoire en plusieurs tomes restera ma favorite, celle qui m'a la première fait comprendre à quel point on peut s'attacher à des personnages de roman, celle qui m'a donnée envie d'écrire, qui m'a tenue en haleine, qui m'a fait vibrer et rêver au rythme des mots.

Où es-tu ?, de Marc Lévy. C'est vrai que quand je le relis maintenant, c'est pas pareil. Les mots sonnent différemment, et je ne lui trouve plus vraiment ce quelque chose d'exceptionnel qui m'avait sujuguée quand je l'avais dévoré la première fois. Parce que derrière ce livre, y'a une histoire. Y'a des sanglots et des crises de larmes, des nuits blanches dans la chambre, là-bas. Parce que y'a un peu de lui, et que. Voilà. Alors même si aujourd'hui, ça semble presque banal, comme livre, tant pis. C'est juste que.

Nous n'irons plus aux bois, Mary Higgins Clark. C'est le tout premier livre "pas pour les enfants" que j'ai lu. J'en ai fait des cauchemars, ensuite. Mais après c'était différent. Un changement, une évolution. J'ai délaissé les rayons "jeunes" des bibliothèques, pour me réfugier chez les "adultes". Dévoré des policiers par dizaines, il y a cinq ou six ans. Je me souviens. J'avais cette pile de livres dans les mains, et il paraît que derrière le comptoir pour les enregistrer, on ne me voyait pas. On ne voyait qu'une pile de romans plus ou moins bancale (plutôt plus que moins d'ailleurs), et une voix qui faisait "j'emprunte ceux-là, monsieur".

La nuit des temps, Barjavel. Celui-là, je peux pas. Je peux pas décrire ce que. Bref. C'est pas possible, un livre comme ça. C'est... Je sais pas, y'a pas de mots. Vraiment. Il est trop... ou tout... Il ne faut pas que je rouvre ce livre. Dès que je lis les deux premières pages, après, je peux plus m'arrêter. Il ne faut surtout pas. C'est un livre de maman, il est un peu vieux, mais il vieillit pas. Il. Wah.

Après... Je ne peux plus faire un ordre. Alors en vrac.

Enfance, Nathalie Sarraute. Pour elle, pour l'autre, pour les dialogues sourds, pour les points de suspension et le goût de framboise écrasée sur les lèvres.

Meurs la faim, Anne Colmerauer. Lui, c'est pas la peine, je peux pas expliquer. Non non non. C'est impossible. Alors pour rien, et pour tout à la fois.

Antigone, Jean Anouilh. Au début, c'est venu d'un extrait qu'on avait lu en cours, en 3ème je crois. Puis je sais pas. Je voulais voir ce qu'il y avait autour de ce non qu'elle hurlait. Il est beau ce livre. Tellement tellement. Il est... Eternel.

Ecoute-moi, Margaret Mazzantini. Pour la chaleur de juillet cet été, les longues randonnées solitaires, pour les gens qu'on fuit, parce que ce livre est merveilleusement bien écrit et que ça faisait bien longtemps que je n'avais pas pleuré autant pour un roman.

Ensemble c'est tout, Anna Gavalda. Lu juste après Ecoute-moi. Pour les sourires et les yeux embués, pour les personnages, tellement attachants... Pour elle.


La note sensible, Valentine Goby, pour la musique dans la tête ;

Respire, Anne-Sophie Brasme, pour les barreaux et l'amitié trop compliquée ;

Au nom de tous les miens, Martin Gray, pour l'Espoir en bloc et l'admiration ;

Salle des pas perdus, Julia Billet, mais je pourrais aussi bien mettre Cris de guerre ou De silences et de glace, c'est juste parce que la Salle..., c'était le premier, parce que c'est bourré de talents, de morceaux de vie, d'instants et de fractions de seconde, parce que c'est beau et triste à la fois ;

Quand j'avais cinq ans je m'ai tué, Howard Buten, parce que je l'avais déniché au fond d'un magasin, qu'il était plein de poussière et qu'il ne le méritait pas. Et puis aussi, juste parce que ;

Lambeaux, Charles Juliet, pour l'écriture surtout ;

Le livre du voyage, Bernard Werber, parce que lui aussi je l'ai lu et relu, parce que j'ai construit des refuges dans ma tête grâce à lui, parce que des fois y'a des réponses qu'on peut trouver en soi plutôt que de toujours chercher ailleurs, et ça je ne le savais pas avant de lire ce livre.

Parce que je dois en oublier des tonnes et que je vais regretter de les avoir oubliés justement : Nicolas Rey et Remo Forlani, Sartre pour son Huis clos (et seulement pour celui-ci...), Zola et son Bonheur des dames, Edmond Rostand et Cyrano, Stephen King, Modiano, Delerm pour les C'est bien et les C'est toujours bien...

A qui allez-vous passez le relais (3 blogs) et pourquoi ?
Je passe le relais ici, parce que je suis curieuse de savoir ce qu'un prof de français lit, ici, parce que (...), et , rien que pour voir s'il arrivera à me convaincre du pouvoir magique du Monde de Sophie... :)

Je crois que cette semaine, j’ai un peu oublié de travailler.
A cause du soleil.

(Cette semaine, j’avais plein de trucs à poster, et puis c’est tout parti, je me rappelle plus bien… alors bon.)

Mardi, avant Brel et Renaud, on a chanté des comptines pour enfants avec les gestes, allongées dans l’herbe du square en face du lycée, où on se rend à chaque minute de libre, presque. On avait des brindilles dans les ch’veux, du soleil dans les yeux, et des fous rire à en perdre haleine, un peu comme la semaine d’avant, ce fou rire là, le soir, jusqu’aux larmes, pour rien, pour. Puis ensuite, des bolas dans les mains, on apprend des nouveaux tours, on s’dit que ce serait bien de les enflammer, juste pour voir, alors oui, avant les vacances, soyons fous.

[J’ai osé ressortir son collier de la boîte. Mordu les lèvres en l’attachant. Ca faisait drôlement longtemps que. ‘Fin qu’il était resté enfermé. Alors quand ils ont tous dit qu’il était chouette ce collier, qu’il m’allait bien, ça a fait bizarre. Mais bon.]

Cette semaine, c’était un peu une semaine de vrais-L-qui-ne-bossent-jamais-c’est-bien-connu. Les cours finissaient plus tôt à cause des conseils, les heures passaient plus vite à cause du soleil, j’arrive pas trop à savoir. En tout cas, c’était chouette. Colorée. Y’a tout plein de projets dans la tête, cette nouvelle enfin « terminée », des envies, des photos à prendre, des partoches à bosser pour le concert dans deux semaines (glups), des « Surtout, tu réserves ta soirée du 22, hein ! », et « Dis, tu regarderas le prix des billets de train, et tu m’diras ? ».

[Il m’évite, je crois. A. m’a dit qu’ « il fait un peu la tête », genre j’avais pas remarqué, m’enfin. Tant pis. J’aurais préféré que ça se passe autrement, mais. C’est pas si important. Vraiment.]

Cette semaine, c’était des copies avec presque pas de rouge, des jolies notes, la prof de philo qui glisse à l’oreille que « votre tpe, il a drôlement plu, vous savez », les dossiers de prépa-à-rendre-mardi-au-plus-tard-vite-vite-vite, alors on court un peu dans tous les sens pour récupérer l’attestation des notes de bac de l’an dernier, parce que maman dit que c’est papa qui l’a et papa dit que c’est maman, alors quand je leur ai expliqué ça, à l’administration, ils m’ont regardé un peu bizarrement.

[Au début j’avais pas fait attention. C’est juste, le soir, vers 23h, en jetant un coup d’œil à mon portable que. Mercredi 16 mars 2005. Ca a fait tilt. Oué voilà, deux ans. Et puis quoi ? J’étais même pas triste, j’étais même pas vide, j’étais juste. Je sais pas. Voilà, constat. Maintenant, tout continue, et puis de toute façon. De toute façon.]

On chante Prohom dans les couloirs, La jeune fille à la perle dans les mains, un crayon dans les cheveux, avec A. on se dispute pour-de-rire, on prête des CDs, des bouquins, on en récupère, on enlève les manteaux d’hiver, on déserte la salle de perm pour lui préférer la cour, on raconte des blagues nulles, on s’entend dire des bêtises.

Et puis quand je l'entends frapper à la porte, j'ouvre en grand, et je souris. Et j'dis tout doucement, bonjour, monsieur le bonheur.

[Cadeau viendu de ]

Combien y a-t-il de fichiers de musique sur votre ordinateur ?
J'suis en L, j'sais pas compter. Comment ça, ça marche pas comme ça ?! Non ? Bon ok, j'aurais du m'en douter... Faut vraiment que je dise un chiffre ? 'Fin un nombre plutôt ? Pfiouuu... Beaucoup :D Pas mal de CDs que j'ai mis sur le PC pour pouvoir les écouter quand j'écris, et des inédits aussi... Genre Delerm. Ou Bénabar. Et des morceaux live, également.

Quel est le dernier CD que vous avez acheté ?
Bénabar, Live au Grand Rex. Parce que voilà, quoi... Bénabar, c'est sacré. Et bientôt, dès qu'il sort, c'est-à-dire dans deux jours *o*, celui de Raphaël je pense. Parce que.

Quelle est la dernière chanson que vous avez écoutée avant d'écrire ce message ?
Matmatah, Au conditionnel. "Et c'est une information à mettre au conditionnel Mais il semblerait bien... que je vous aime."

Donnez 5 chansons que vous écoutez souvent ou qui comptent beaucoup pour vous.
Glups.
*Ouvre grand les yeux*
*Déglutit*
*Secoue la tête en signe d'impuissance*
*Cépapossible*
...
Alors, un peu en vrac, parce que j'ai du mal, là.

Mistral Gagnant, Renaud. Pour les sourires tremblants, pour les voix qui vacillent, pour les mots murmurés au creux de la nuit, pour lui.
Hallelujah, Rufus Wainwhright. Pour l'Irlande, le guitariste aux yeux gris. Pour les rues de Dublin la nuit, pour les voix, pour leurs sourires, pour tout ce qu'on a laissé là-bas, pour tout ce qu'on a emporté, aussi.
The scientist, Coldplay. Pour les souvenirs, pour nos disputes et nos soleils noirs.
Amen Omen, Ben Harper. Pour la voix chaude. Pour la magie. Pour les larmes étranglées. Pour les mots qu'on tait.
L'itinéraire, Bénabar. Pour l'avoir peut-être trop chantée. Pour les rires, pour la cour du lycée vide.

Voilà pour les cinq. Après j'aurais pu mettre : Je voulais dormir, Jeanne Cherhal. (Pour la solitude des journées de fin août. Pour l'été languissant. Pour l'orage de cette nuit là. Pour la boule au travers de la gorge.) ; Les grilles, Romain Didier. (Pour avoir trop regardé le ciel chaque soir pendant des heures quand j'avais dix ans avec cette chanson en fond.) ; Butterflies and Hurricans, Muse. (Pour le renoncement et l'espoir ensuite. Pour les sourires gigantesques. Parce que c'est Muse quoi...) ; Ginette, Les Têtes Raides. (Pour l'euphorie. Patalo aussi. Pour les vertiges et la poussière.) ; Stairway to Heaven, Led Zep. (Pour ma maman qui disait "A table" et moi qui répondais "j'finis ma chanson", et vu qu'elle dure dix minutes, à chaque fois ma mère faisait une crise ^__^.) ; J'veux qu'on baise sur ma tombe, Saez. (Pour les frissons. Et les mots vrais.) ; Thousand Miles, Vanessa Carlton. (Pour le piano joué au téléphone. Pour ne pas avoir su quoi répondre.) ; It's a hard life, Queen. (Pour les paroles qui sonnent bizarrement dans les oreilles, pour les matins fanés. Pour les moments qu'on oublie.). J'aurais pu mettre Nightwish, Delerm, Keren Ann, Radiohead, Yann Tiersen, Hans Zimmer, Camille, Dionysos et Lynda Lemay. Et d'autres encore, mais. -_-

(Non c'est pas vrai j'ai pas triché j'en ai pas mis plus dites pas n'importe quoi nonméoh !)

A qui allez-vous passer le relais (3 personnes) et pourquoi ?
Je passe le relais ici (parce que je devais me venger et aha, j'aime bien l'embêter cette demoiselle), ici (parce que ce jeune homme m'a fait découvrir plein de trucs chouettes et j'aimerais bien que ça continue...), et (parce que c'est une fan de Delerm et de Bénabar, donc bon. :D)

Ouais. Voilà. Lyon, ville honteuse, ce soir aux infos, on va voir quoi, hein quoi, dites-le moi, vous, les 25000 lycéens dans les rues ? Non bien sûr que non, on va voir les gens qui étaient là parce que ça leur faisait louper leur DS d'espagnol, et ceux qui étaient là juste pour foutre la merde, c'est vrai que c'était intelligent, d'insulter les CRS, oui, j'aurais pas trouvé mieux comme idée, c'est vrai que c'était brillant de faire tomber les barrières de sécurité, de renverser les présentoirs des magasins, de balancer une chaise d'un bar dans le fleuve, de casser les vitres, et on a eu beau s'excuser auprès du directeur du magasin pour lui dire qu'on n'était pas tous comme ça, pas tous là pour faire n'importe quoi, que nous on voulait juste des TPE en terminale, des cours de russe, de portugais, de grec, de danois même si les classes ne sont pas pleines, qu'on voulait simplement une école juste et avec plus de moyens, c'était intelligent, oui vraiment, surtout en ayant une cagoule sur la tête, comme ça on se fait pas prendre, comme ça on s'amuse et on regarde les autres s'affoler, comme ça on passe un bon moment, mais bon sang, lâcheté, putain de lâcheté, connerie quand tu nous tiens, alors après y'avait d'la rage, la motivation plus vraiment là, et puis sur la fin, c'est un peu revenu, et quand cette fille a crié "il faut qu'on se disperse, tout le monde sur la place", avec sa toute petite voix, j'ai repris le message, et elle a souri en disant que j'avais "la voix qui porte", alors on a crié, on leur a dit, qu'il fallait pas rester là, que les CRS, c'était pas pour de rire, que si ça continuait, ils allaient charger et que ce n'était pas vraiment la meilleure des choses, alors on a fait une chaîne avec des gens des unions des lycéens, on s'est tenus fort, en avançant, et c'était chouette d'entendre "ta gueule" quand on expliquait que ça allait mal finir, ils pourront pas dire qu'on les avait pas prévenus, et puis y'en a quelques uns qui sont arrivés, qui ont balancé des bouteilles, y'a eu des éclats de verre un peu partout, puis les CRS qui se sont mis à courir, nous qui assistions à la scène, la foule dans tous les sens, puis le calme qui revient, puis les gens qui ont la bonne, et même plus, l'excellente, la génialissime idée de faire un sitting juste devant les CRS, mais oui bien sûr pourquoi pas hein, au point où on en est, puis voilà, le gaz lacrymo, puis les coups de téléphone pour savoir où ils étaient, tous, les gens qu'on n'arrivait pas à joindre, la peur, qu'il y ait eu un problème, des blessés, les voix qui se mélangeaient, les larmes. Alors voilà, ce soir aux infos, vous verrez peut-être pas tout ça, mais des fois je me demande... entre Fillon et tous ces gens-là, ce sont lesquels qui réfléchissent le moins ?

Peut-être que ça passe, tout ça. Peut-être que les périodes de vide, on les comble.

Avec les mots, les surprises, les coups de coude pour s'empêcher de gaffer, les cadeaux qu'on achète en secret, les banderoles qu'on accroche dans son salon avant qu'elles n'arrivent. Peut-être avec leurs sourires quand elles ont vu ça, qu'elles ont dit "Non mais non mais non mais c'est pas vrai comment vous avez fait pour qu'on ne devine rien ?!!", peut-être avec nos photos, notre chanson qui restait étranglée dans la gorge, parce que ça faisait pleurer de dire ces mots-là à haute voix. On a regardé Chicken Run, assises en tailleur sur la moquette en mangeant des Arlequins, et l'espace d'une journée, y'a eu l'oubli de l'avant, de l'après aussi. Les marques qui s'effacent, les cris qui s'étouffent, tout ça. A la place y'a eu des rires, des pieds glacés, des mots qu'on ose prononcer sans trembler, des bras qui serrent fort, des "merci" murmurés à qui veut les entendre, des étoiles dans les yeux, et des serpentins dans les ch'veux.

Et puis Jeanne Cherhal a gagné la Victoire de la Musique Artiste révélation du public de l'année. Et puis tout de suite maintenant, y'a Delerm qui chante "Les assiettes" et c'est à mourir de rire. Et puis je pianote sur le clavier de l'orgue pour retrouver la mélodie des Choristes. Et puis aujourd'hui, j'ai croisé un ange. Et puis là on ne pense pas à demain, à l'agenda qu'on n'a pas encore ouvert, parce que voilà, tant pis. Et puis j'ai des idées dans la tête. Et puis voilà.

Et hier soir je ne voyais plus rien, il a fallu deux heures et demie pour me calmer, pour arriver à rester cinq minutes sans pleurer, je me suis endormie le cutter à la main, la lumière vacillante de la salle de bains, du vide, du vide à en crever, d'l'envie d'partir comme jamais, de la haine, mordre la peau pour n'pas crier, les coupures brûlaient sous l'eau de la douche, le sommeil agité, mais hier hier. Et je le déteste, de me forcer à l'écouter, à écouter ses mots, du dégoût, pour soi-même, alors quoi, "parce qu'il ne faut jamais ouvrir les placards", et alors quoi, qu'est-ce que ça change si, qu'est-ce que ça peut lui faire, hein, pourquoi il comprend pas, merde.

Et ce matin il neige, comme pour étouffer tout ça, comme si c'était un cauchemar, comme si maintenant on oublie, neige neige. Comme si ça allait effacer toute cette semaine, longue et pleine de rien, de visages maussades, de copies raturées, d'oraux plantés, de larmes dans les couloirs. Et ce matin il neige, énormes flocons, j'y vois plus rien.

J'y vois plus rien.